La campagne pour les sénatoriales vient de s'ouvrir dans notre pays, à un moment où le peuple palestinien traverse une des périodes les plus éprouvantes de son histoire. Malgré la volonté de paix exprimée à l'unanimité par les pays arabes lors du sommet de Beyrouth, Israël, avec le soutien tacite des USA, a décidé de s'enfoncer dans sa politique aventuriste en investissant le siège de l'Autorité palestinienne, pour couper Yasser Arafat de tout contact, voire l'expulser et même l'assassiner. C'est l'occasion pour l'UFP de réaffirmer son soutien indéfectible à l'Autorité palestinienne, sa solidarité avec la juste cause de ce peuple, pour la réalisation de ses aspirations nationales contre la politique terroriste et raciste d'Israël soutenue par les USA, sur la base des résolutions des Nations unies, pour la paix entre l'ensemble des pays et des peuples du Moyen-Orient.
Les sénatoriales font suite aux élections législatives et municipales d'octobre 2001, dont l'ensemble des parties prenantes se sont félicités des résultats du fait de la transparence du scrutin et de la collaboration fructueuse qui a marqué les rapports entre l'ensemble des partis en lice et l'autorité de tutelle. La mise en place d'une assemblée nationale pluraliste, la première de l'histoire du système démocratique et politique dans notre pays, a soulevé beaucoup d'espoir, considérablement refroidi par la dissolution de AC. Avec le maintien du président du Front Populaire en prison, la crise de croissance qui secoue l'opposition et la perspective de la présidentielle de 2003, l'intelligentsia, l'opinion publique d'une manière générale et l'ensemble des amis de la Mauritanie s'interrogent sur l'avenir. Notre parti souhaiterait soumettre ses premières réflexions sur la nature de l'Etat que nous appelons de tous nos voeux pour notre pays, sur la place et le rôle du Sénat.
À l'instar des jeunes pays, la Mauritanie, contrairement aux idées répandues par les partisans du néolibéralisme, a besoin d'un Etat fort - condition indispensable à la mise en place d'institutions vraiment démocratiques et représentatives, à une gestion saine des ressources nationales et à leur répartition équitable, à la définition et à la mise en place de règles de vie en société, respectueuses des différences, pour la régulation des relations de tous ordres, et pour un arbitrage des différends satisfaisant pour l'ensemble des membres et composantes de la société. Bref,NOTRE PAYS A VRAIMENT BESOIN D'UN ÉTAT FORT, MAIS UN ÉTAT RÉELLEMENT FORT C'EST UN ETAT DÉMOCRATIQUE, JUSTE ET PLURALISTE.
La dimension démocratique de l'état, c'est non seulement la reconnaissance des droits fondamentaux (liberté d'opinion, de parole, d'organisation, de conscience, etc.), de l'ensemble des droits de la personne, c'est surtout leur application effective et la jouissance de ces droits par les individus et les communautés de tous ordres qui composent la société (associations, regroupements tribaux, confréries religieuses, nationalités, etc). Nous pensons également aux démembrements de l'état, à un système décentralisé de fonctionnement institutionnel, fondé sur le principe de la subsidiarité. Le principe de la subsidiarité signifie qu'une institution, à un niveau déterminée, assume les charges liées à ses compétences, sans interférence de l'échelon supérieur - celui-ci entrant en lice lorsque l'échelon concerné fait preuve d'incompétence à résoudre les conflits qui apparaissent ou lorsque les questions traitées concernent également d'autres institutions (par exemple la gestion d'un cours d'eau qui traverse plusieurs villages et campements). Cela exige, la mise en oeuvre du principe électif, à partir du campement et du village jusqu'à la région et au niveau de la représentation nationale (assemblée, sénat), sur la base du principe de la subsidiarité, en même temps qu'une introduction progressive des réformes souhaitées, en accordant toute l'attention nécessaire à la formation des élus (au plan politique, juridique et technique surtout).
Un État juste suppose des droits et des devoirs égaux pour l'ensemble des citoyens, une justice compétente et indépendante de l'exécutif, dont les décisions sont effectivement appliquées. Dans un État juste, les règles de recrutement des agents se fondent exclusivement sur la compétence, l'expérience et la probité des citoyens et sont mises en oeuvre dans la transparence. A la fois les sanctions et les récompenses existent : pour donner des leçons à ceux qui enfreignent de manière notable les règles communes et ceux qui, dans l'exercice de leurs responsabilités violent les lois de la République ou cèdent à la corruption et à des comportements contraires à l'éthique ; pour montrer en exemple tous ceux qui auront un comportement respectueux des lois de la République et s'acquittent de leurs devoirs convenablement. Ainsi, un tel Etat accordera-t-il la plus grande attention au respect des droits des personnes et des communautés, punira-t-il sévèrement les délits de détournement des deniers publics, de violation de la dignité de la personne, en particulier le racisme et les pratique surannées comme l'esclavage. C'est sur cette base qu'il sera possible de s'assurer l'ardeur au travail et la fidélité aux principes républicains de la grande majorité des fonctionnaires qui sont honnêtes, exigeants quant à la suppression des zones de non-droits, de passe-droits, à la fin du statut de personnes au dessus des lois dont jouissent une infime minorité de Mauritaniens.
Enfin, nous avons dit un Etat pluraliste. Les citoyens mauritaniens appartiennent à des familles, à des tribus, à des communautés, à divers formes de regroupements, et se situent à des échelles économiques et sociales d'une variété infinie. Il est essentiel que l'Etat de droit dans notre pays, non seulement reconnaisse constitutionnellement le pluralisme mais qu'il garantisse au plus haut point le respect des différences, en travaillant, en priorité, à améliorer le niveau économique et social des catégories les plus démunies. Les différences, comme celles liées à la culture, à l'appartenance à diverses aires de civilisations, à des courants de pensée divers, loin de nous affaiblir, constituent le fondement de la richesse de notre pays. La coexistence libre et émulative de ces différences enrichira les Mauritaniens, et contribuera non seulement au raffermissement de nos valeurs positives mais nous permettra de porter encore plus haut le message que nos ancêtres nous ont légué et qui demeure encore vivace, d'en inventer de nouveaux et de les diffuser à travers le monde, en particulier en Afrique et dans le monde arabe.
Les sénateurs qui porteront les couleurs de notre parti, se battront avec les élus de notre parti, dans les mairies et à l'assemblée nationale, au niveau des tribunes qui leur seront offertes, pour un véritable Etat de droit où, un nouveau sénat verra le jour. En effet, la seconde chambre du parlement, dans son mode électif et son fonctionnement, est calquée sur le sénat dans d'autres pays, en particulier ceux d'Occident où il a répondu et continue de répondre à des exigences réelles. Les nôtres, malgré quelques similitudes incontestables, se fondent ici sur des tribus, des confédérations tribales, des confréries, des nationalités, c'est dans ce vivier que nous devons puiser afin que l'expression du suffrage universel puisse être complété par un mode de représentation prenant en compte les modes représentatifs d'organisation et de fonctionnement de notre société,
Les élus de l'UFP appartiennent à un parti qui est, nous le reconnaissons, singulier dans le paysage de notre pays. Bon nombre de partis mauritaniens, s'ils ont le statut et le règlement intérieur propres à ce type d'organisation, ne disposent pas d'un projet de société et leurs membres se retrouvent bien souvent sur la base de la parenté, de l'appartenance tribale, de l'origine régionale, voire confrérique ou nationalitaire, ou pour la satisfaction d'ambitions personnelles.
L'UFP est porteur d'un projet de société fondé sur l'indépendance de la Mauritanie, la démocratie et la justice sociale. Il est solidaire de l'aspiration des peuples d'Afrique et du monde arabe à l'unité, de la volonté de l'ensemble des peuples du monde à gérer démocratiquement les affaires mondiales, contre la globalisation néo-libérale sous l'hégémonisme américain. Il soutient les justes causes de l'ensemble des peuples du monde.
Non seulement le Parti recrute ses membres sur la base de son programme, mais tout en reconnaissant et tenant compte de l'existence des diverses formes de regroupement dans lesquelles se retrouvent les Mauritaniens, il n'en fait nullement le fondement de ses choix pour ses dirigeants et pour ses candidats. L'engagement dans le parti, la compétence, l'expérience, la liaison avec les populations et la représentativité sont les critères essentielles qui guident nos choix.
La qualité des hommes et des femmes qui dirigent notre parti est un critère important, comme c'est le cas pour l'ensemble des partis, et pour l'ensemble des regroupements humains. Mais ce qui fait notre spécificité c'est d'abord un professionnalisme politique de plus de trente ans, toujours fidèle aux principes fondateurs de notre engagement, l'esprit d'équipe qui anime notre direction dans son fonctionnement, notre capacité à toujours placer les intérêts de l'UFP au dessus des ambitions personnelles, et les intérêts de la Mauritanie avant les projets partisans et particularistes, comme nous avons su le faire à maintes occasions. La politique du dialogue et de compromis national, les acquis des élections d'octobre 2001 qui en sont le résultat le plus probant, l'illustrent suffisamment. Les sénateurs de l'UFP que vous choisirez, s'ils restent fidèles à notre parti, s'acquitteront de leurs devoirs en s'inspirant de ces principes et de ces acquis.