Le coup de pied dans la termitière (Le Véridique N° 070 du 24 avril 2006) Deux réactions : - Mohamed Ould Moloud, président de l’Union des Forces de Progrès (UFP) - Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini, Sg du Parti républicain pour la démocratie et le renouveau (Prdr)
Le jeudi 20 avril a été marqué par la rencontre initié par le Chef de l’Etat au palais des congrès avec l’ensemble de la classe politique, de la société civile et de l’administration et des chefs militaires. Une rencontre qui a donné lieu à un appel à la lutte contre les détournements et les pratiques archaïques.
Ce discours, qui rompt avec le langage politique de circonstance, frappe par son style direct. En cela il a été, comme l’a voulu son auteur, une clarification « sans complaisance (d’)un certain nombre de choses parce que l’intérêt du pays nous commande de faire fi de tout laxisme lorsqu’il s’agit de l’avenir du pays ». Analyse sans complaisance qui se résume en six points essentiels : Les causes du changement du 3 août ; les mesures prises ; les résultats déjà enregistrés ; mise en lumière des secteurs, sources de la faiblesse de l’Etat ; l’appel à l’unité dans l’effort de construction d’un Etat moderne et les perspectives.
A l’origine du changement Commençant par la description de la situation du pays avant le 3 août, Ely Ould Mohamed Vall devait la caractériser par l’absence de l’Etat qui s’explique par la main basse faite par certains milieux sur les leviers de tous les secteurs, par l’intermédiaire de responsables administratifs et politiques qui détournaient les missions de ceux-là pour leur bien personnel, celui de leurs familles ou de leur tribus ; « ainsi, les ministères, les administrations et les établissements ont été à la merci de responsables qui les géraient suivant les alliances et les humeurs du moment ». Situation qui a fini par déboucher sur ce phénomène qui fait que « la gestion de ces appareils était personnalisée et les citoyens demandeurs de services ne traitaient plus avec les institutions mais plutôt avec la personne du responsable, à qui ils savaient gré pour la satisfaction de leur requête. » ; ce qui a poussé ces responsables à rompre tout lien avec les valeurs professionnelles et la réglementation. La solidarité partisane jouant, le pays est devenu un lieu encourageant le fait « que ceux qui commettent les pires trahisons soient perçus comme étant des héros, que les prévaricateurs avérés traduits en justice pour vol des biens publics, surtout glorifiés ». Le gouffre vers lequel allait le pays était béant. Cette situation qui consistait, poursuivait le chef de l’Etat, à ce que « les médiocres soient à la place des meilleurs, que les voleurs soient des héros, que la trahison soit une vertu » n’était plus admissible « pourvu que l’ont ait un minimum de sens patriotique ». C’est ce dernier qui a fait que, selon lui, « il fallait nécessairement prendre ses responsabilités ». Et ce fut le coup d’Etat...
Actions Le Cmjd, en prenant le pouvoir s’était fixé comme principal objectif de redresser le pays en luttant « contre ces pratiques incompatibles avec tout effort de redressement ». Ces pratiques ne sont autres que les détournements de deniers publics. C’est pourquoi des mesures ont été prises par le pouvoir consistant en la mise en place d’inspections au niveau de chaque département ministériel, et les ministres tenus, chacun dans on département d’en assurer le fonctionnement ; « cette structure n’épargnera aucune administration et vérifiera jusqu’au plus petit détail relatifs à la gestion des finances publiques. » ; contrôle qui permettra de réconforter « les gestionnaires honnêtes, respectueux de l’intérêt général et ne dérangera que les agents véreux qui ne doivent plus avoir accès à la gestion des affaires publiques. ». Ces structures seront renforcées pour qu’elles disposent de toute l’efficacité nécessaire dans l’accomplissement de leur mission. L’autre mécanisme, la Cour des comptes, qui continuera sa mission sera elle aussi renforcée et redynamisée. Enfin, pour compléter ces mesures, les autorités seront plus rigoureuses sur les critères de choix des responsables qui devront se distinguer par leur «compétence, leur probité et leur engagement en faveur de l’Etat. Parce que sans le respect de ces trois critères, le responsables, quel qu’il soit ne peut rien réaliser en faveur de son pays». Exemples De telles mesures ont permis, a indiqué le chef de l’Etat, de franchir des pas importants dans le sens de l’assainissement ; c’est ainsi que « 100 véhicules qui étaient affectés à des tâches peu essentielles ont été repris et 50 parmi eux ont été mis à la disposition de la CENI alors que le reste a été consacré à d’autres besoins d’intérêt public... » ; en plus, et sans ressources extérieures depuis le 3 août, « l’Etat a pu, grâce aux seuls effort d’amélioration de la gestion, augmenter les salaires à hauteur de 50 % et honoré ses engagements intérieurs qui se chiffrent à plusieurs milliards. » ; ce qui augure que si la rationalisation entreprise depuis le début de la transition atteint un seuil de 70 %, la situation ira s’améliorant.
Mise à l’indexe Dès son entrée en matière, Ely Ould Mohamed Vall a clairement mis en évidence le rôle négatif joué par l’administration et les milieux des affaires dans la gestion du bien public. L’accaparement des secteurs de l’Etat par des lobbies politiques et administratifs, la corruption généralisée ont entraîné l’exclusion de l’Etat de son champ naturel d’intervention. Ce qui a impulsé au tribalisme, au clanisme, au sectarisme en général une vigueur qui s’est révélée une menace mortelle non seulement pour l’Etat en tant qu’entité mais aussi pour la Nation. S’adressant aux hommes d’affaires « eux qui entretiennent des relations économiques avec l’Etat, et si prompts à dénoncer la corruption et les abus », de ne pas oublier « qu’il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs. La loi et la Charia islamique placent les uns et les autres au même niveau de responsabilité ». De ce fait, le chef de l’Etat a insisté « pour leur dire clairement que nous sommes prêts à prendre nos responsabilités ». Prise de responsabilité justifiée par sa propre expérience avec des investisseurs étrangers invités à s’intéresser à la Mauritanie mais qui ont eu « à faire cas de certaines expériences malheureuses de ces milieux avec des compatriotes. » et de souligner que « ceux qui commettent de tels forfaits (dans le milieux des affaires ; NDLR)... sont dans la même situation que l’administration qui altère l’image du pays en exposant les usagers à des tracasseries injustifiées ». Or notre pays « a besoin des investisseurs étrangers et que la présence de ceux-ci est incompatible avec le brigandage. ».
Appel S’adressant aux autres acteurs de la vie nationale, Ely Ould Mohamed Vall leur lança un appel solennel à unir leurs forces pour relever les défis du changement escompté ; «nous devons tous conjuguer nos efforts afin que chacun recouvre son droit et s’acquitte de son devoir. C’est ainsi qu’on arrivera à relever le défi et qu’on viendra à bout du phénomène de la corruption». De ce fait dit-il «tous les segments de la société civile sont appelé à dénoncer, valablement et avec toute l’objectivité requise, les dépassements et déviations dans la gestion de la chose publique. Nos portes sont ouvertes sont ouvertes pour recevoir toutes les informations pertinentes dans ce domaine.». La presse a été particulièrement invitée à aider cet effort par « la collecte d’éléments d’information et par leur publication, loin de tout acharnement et de parti pris.» ; les partis politiques invités à « dénoncer tout acte nuisant à l’intérêt général... à rencontrer des responsables donnés pour attirer leur attention sur de tels comportements déviants». En ce qui concerne les autorités, le président du Cmjd a dit «nous oeuvreront dorénavant à la dynamisation des structures de contrôle et nous nous emploierons résolument à faire respecter la loi». Les efforts ainsi canalisés dans le sens de l’intérêt général peuvent seuls garantir l’accès «à un seuil de gouvernance acceptable». HOB
Réactions n Mohamed Ould Moloud, président de l’Union des Forces de Progrès (Ufp) «En premier, nous estimons que ce discours pose un problème grave (les malversations dans la gestion des biens publics, NDLR) dont tout le monde parlait mais qui était officiellement considéré comme tabou. Et ce qui est positif c’est qu’il pose un problème en tant qu’il doit être vu, combattu et résolu. Deuxièmement, il légitime pour les acteurs nationaux la dénonciation et le combat de cette pratique. Mais le plus important c’est que le pouvoir a pris l’engagement de le combattre par les moyens institutionnels et légaux. C’est ce que tous les Mauritaniens attendaient. Ils seront d’autant plus engagés qu’ils verront la mise en pratique de ses engagements. En conséquence, l’Ufp est satisfaite par la dénonciation officielle de cette pratique et l’engagement de l’Etat à la combattre. Il faudrait donc que tout le monde soutienne et contrôle la mise en pratique de cet engagement.» n Sidi Mohamed Ould Mohamed Vall dit Ghrini, Sg du Parti républicain pour la démocratie et le renouveau (Prdr) «Lors de notre congrès ordinaire, organisé sous le thème «Unité et Renouveau», le Prdr avait décidé le soutien ferme et actif aux objectifs proclamés par le Cmjd notamment : l’encrage de la vraie démocratie, la réforme de la justice et la bonne gouvernance. Si le parti a noté, pour ce qui concerne les deux points, un début d’exécution sur le terrain, sur le troisième nous attendons quelque chose de la part du gouvernement de transition. Notre congrès avait rendu publiques des propositions et recommandations sur ce point. Avec le discours du chef de l’Etat du 20 avril, le Prdr a noté avec satisfaction que le Cmjd, par la voie de son président, a été on ne peut plus clair. Nous saluons tant la fermeté que le contenu du discours sur cet aspect qui est conforme à l’esprit et à la lettre de notre congrès. En conséquence le parti s’engage et œuvre pour la poursuite de cette œuvre grandiose. Et pour l’avenir, si notre parti a la chance d’accéder au pouvoir, nous continuerons cette œuvre pour son ancrage définitif dans les mœurs et pratiques de la société.
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