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Conscience et Résistance

 

Le 20 avril 2006, à Nouakchott, lors d'un exercice inhabituel auquel il  avait convié le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD),  le gouvernement, les hauts cadres, la société civile et les partis, le Chef de l’Etat s’est livré à une véritable confession sur le degré de corruption de la société mauritanienne, les conséquences de celle-ci et les remèdes encore possibles.

 

Le népotisme tribal, le trafic d’influence par le biais des solidarités claniques, la  valorisation de l’enrichissement illicite allant jusqu'à l’héroïsme, l’impunité de ces crimes et délits à cause de la soustraction des élites à la loi, tout y est passé, parfois en termes si vifs et précis que l’assistance, incrédule, oscillait entre l’embarras,  les sourires forcés et une vieille habitude : applaudissements de prudence.

 

Le Colonel Ould Mohamed Vall se demanda, à plusieurs moments de son discours improvisé, si les mauritaniens étaient conscients de l’ampleur et de la profondeur de la crise des valeurs, dont l’inversion, avant le 3 août 2006, atteignait un point tel que les escrocs, les traîtres et les saboteurs ont fini par devenir la mesure même de la vertu. Désignant, sans les citer, l’ex PRDS et l’entourage du Colonel Ould Taya, il expliqua combien  l’Etat a fini par se dissoudre, dans un système politique, à la merci d’un seul parti, le tout au service d’une parentèle, complètement impunie.

 

Ironie du sort, ce passage sera le plus applaudi, par un public de fonctionnaires, officiers supérieurs et notables dont la majorité concentre tous les méfaits sur lesquels s’est appesanti le Président du Conseil Militaire.

 

S’adressant aux hommes d’affaires et aux juges, l’orateur s’exclama, en substance : «comment voulez-vous que les étrangers investissent dans un pays de délinquants où le peuple, lui-même, fête les voleurs, les incompétents et les criminels » ?!

 

Le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, a  promis de mettre un terme à ces comportements, sans vraiment dire la méthode, exceptée une relecture un peu courte du rôle de l’Inspection générale de l’Etat et de la Cour des Comptes. La séquence des solutions est restée très en deçà du constat ; elle n’emportait pas la conviction.

 

Pour l’instant, nul ne sait si cette adresse - largement reprise par les média radiotélévisés  correspond à un tournant de la transition ou participe d’un sursaut de pure surenchère verbale.

 

L’application des réformes suggérées par le Président du CMJD suppose que tout son auditoire d’agents de l’Etat échoue, rapidement, devant des magistrats intègres ; il importe, alors, de se demander qui veillera à interroger, instruire, juger ? En effet, la composition actuelle de l’appareil administratif, judiciaire et de sécurité révèle la mainmise des éléments et des groupes les plus intéressés au crime, dont aucun, jusqu’ici, n’a répondu de sa responsabilité dans la faillite de la Mauritanie.

N’oublions pas, dans ce contexte, les multiples déclarations autorisant le symbole même de cette déliquescence à rentrer en Mauritanie de son exil doré, avec la promesse de ne pas être inquiété.  Esprit du corps ?

 

Avec ce personnel toujours en charge du devenir collectif, les paroles du Colonel Ely Ould Mohamed Vall ressemblent à concours de rhétorique morale, arbitré par un jury dégorgeurs. Ce n’est pas ainsi que l’on redonne espoir aux humbles dans une cité en ruines. Des actes !

Conscience et Résistance

Le 23 avril 2006


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