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Interview Aminettou Mint el Moctar


Femmes et transition

 

Les journées de concertations qui se sont déroulées au palais des congrès du 25 au 29 octobre 2005 consacrées à l’élaboration des documents de base pour la période de transition ont vu une présence remarquée des femmes. Issues de milieux socioprofessionnels divers, elles se sont illustrées par leur niveau de participation dans ce forum. Leur présence a fortement marqué, voire influencé, les débats. Nous avons rencontré certaines d’entre elles pour vous présenter quelques facettes de cette frange dont l’expérience, l’expertise et le dynamisme constituent des atouts inestimables pour le devenir de la Mauritanie en marche. Plus qu’hier, où la femme était utilisée comme un stéréotype destiné à faire valoir un discours politique aux allures politiques et aux ambitions électoralistes, la femme mérite de retrouver sa place d’agent de développement. Sa  présence décorative dans les manifestations carnavalesques a gravement inhibé son énergie créatrice. Loin de promouvoir son intégration réelle dans les sphères de décision, son rôle la réduisait à un pantin choyé dans le cercle très élargi des courtisans du roi. Cette image peu reluisante de la femme mauritanienne durant plus de trois décennies a largement affecté sa personnalité sociale, morale et politique. Considérée comme le sexe faible par les misogynes, vilipendée par le cercle des conservateurs, la femme mauritanienne est aujourd’hui présente dans les grandes rencontres pour dire son mot et défendre ses droits. Avec l’avènement du CMJD, certaines sortent de leur réserve comme pour prouver à l’opinion publique que c’est maintenant l’occasion d’affirmer réellement leur rôle de citoyennes. D’actrices incontournables dans la recherche de solutions aux grand défis qui se dressent devant le pays.

Aminetou mint El Moktar, présidente de l’association des femmes chefs de familles, qui a participé aux journées de concertation, a bien voulu répondre à nos questions.

 

Le Rénovateur : Que représente pour vous ces journées ?

Aminettou Mint El Moktar : Les journées de concertation ont permis un échange très fructueux et sincère entre tous les acteurs politiques soucieux de trouver un cadre d’expression où chacun peut donner librement son opinion sur des question cruciales pour l’avenir de la Mauritanie.

 

Le Rénovateur : La question de la représentativité de la femme a-t-elle été bien posée durant ces journées ?

Aminettou Mint El Moktar : Oui, la question de la représentativité de la femme a été posée dans les différents ateliers. Et je crois que les contributions faites par les femmes dans ce processus de transition sont d’une grande importance. Les femmes constituent plus de 50% de la population mauritanienne. Vu leur rôle dans le développement dans tous les domaines prioritaires, leur accès aux sphères de décision est une priorité. Pour cela nous avons demandé un quota pour assurer une meilleure implication de la femme dans cette étape cruciale de l’évolution politique du pays.   

 

Le Rénovateur : A l’issue de ces journées, vous vous êtes singularisée par votre prise de position en faveur du règlement de certaines questions brûlantes comme le passif humanitaire, le dossier des déportés, le phénomène de l’esclavage. Cette position ne risque-t-elle pas d’être interprétée sous l’angle de l’opportunisme par certains ?

Aminettou Mint El Moktar : J’attire votre attention sur le fait que ces problèmes, je les ai toujours posés. C’est ma conviction. Je suis une citoyenne mauritanienne comme toutes les autres. Ce qui me singularise peut-être, c’est que je déteste l’injustice sous toutes ses formes. Je suis convaincue que c’est le moment ou jamais de régler ce problème de déportés par un retour organisé qui doit permettre à chacun de regagner en toute liberté son pays. Concernant les ayant droit du passif humanitaire, je sais que le CMJD ne peut pas régler ces questions dans cette période de transition. Mais il est impératif de rassurer les ayant droit par la mise en place d’un comité de sages qui va étudier les voies et moyens de régler ce problème par voie de consensus. Une fois cette institution créée, les victimes peuvent être rassurées. Cela oblige le prochain pouvoir de s’engager dans la voie du règlement de ces questions sensibles. Pour ce qui est de l’esclavage, c’est une honte pour la Mauritanie que de telles pratiques perdurent encore. Ma position  est très claire à ce sujet : la Mauritanie n’est pas un pays esclavagiste. Mais il y a  des cas  d’esclavage qui resurgissent chaque fois. Il faut punir leurs auteurs pour que cela serve d’exemple à tout celui qui reste tenté par cette pratique néfaste. Mettre en application, traduire dans les faits, la loi abolissant l’esclavage. Indemniser les victimes de cette pratique dégradante et humiliante, mettre en œuvre une politique économique et sociale dans les adwaba et donner assurer à cette frange victime de l’esclavage une bonne éducation. J’ajoute que j’ai été victime de l’injustice à cause notamment de mes prises  de positions sur les événements de 1989 et sur la purification ethnique qui a eu lieu dans mon pays.

 

Ndlr : Aminettou a été licencié de la SOMASERT en 1991.

Propos recueillis par Cheikh Tidiane DIA

 

Remarque : Aminettou est membre du Comité Exécutif du Bureau National de l'UFP, militante des droits de l'Homme, membre du Comité de Solidarité avec les Victimes de la Répression en Mauritanie. (le webmestre)

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