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- Les discours du président (à l'est)


TAGANT

ASSABA

HODH EL GHARBI

HODH EL CHARGHI


TAGANT

 

Le chef de l'Etat devant les populations du Tagant

Tidjikja, 1er mai (AMI) - Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, chef de l'Etat, a présidé lundi en fin d'après-midi un meeting populaire à Tidjikja.

Au cours de ce meeting, le chef de l'Etat a prononcé le discours suivant:

"Je voudrai d’abord exprimer mes remerciements à tous ceux qui sont venus assister à ce meeting, que ça soit sur la base de leur appartenance à un parti politique, qu’ils soient venus d’eux-mêmes ou pour le compte de certaines notabilités. Je voudrai louer cette présence massive à ce rassemblement et dire que je suis fier de la capacité des mauritaniens, quelque soit leur sensibilité politique, à faire face, ensemble, à tous les problèmes posés. Cette approche unitaire aux questions nationales est l’unique voie pouvant nous permettre d’aller de l’avant vers l’édification de la patrie.

Le seul point que je vais aborder, et qui est l’objet de ma visite, c’est la constitution. Mais avant d’entrer dans les détails à ce sujet, je voudrai vous expliquer les raisons pour lesquelles la constitution est si importante pour notre pays. J’aborderai toutefois, avant tout cela, la situation de Tidjikja et celle du pays dans son ensemble.

Concernant Tidjikja, il y a plusieurs problèmes qui ont été soulevés par les responsables, les maires, les notables et, des fois, par certains chefs de partis politiques. J’aborderai un seul parmi ces problèmes, les autres pouvant être examinées en même temps que les questions concernant le pays dans son ensemble. Il s’agit des perspectives de développement de Tidjikja.

Cette ville, jusqu’à une date récente isolée, commence tout juste à être désenclavée. Mais, grâce au programmes qui seront mis en œuvre dans un avenir très proche, cette citée ancienne retrouvera son rôle de carrefour historique où se croisent les routes commerciales et caravanières desservant le pays. Il est ainsi prévu que Tidjikja, qui est déjà reliée à Sangrava,  le soit avec Kiffa et Atar. Cela veut dire que la capitale régionale du Tagant sera, à terme, reliée à Choum, qui lui-même, sera à la fois desservie par une route venant de l’Algérie et connectée au réseau routier transmaghrébin et international passant par Nouadhibou.

De l’autre côté, cela veut dire que Tidjikja sera reliée à Kiffa et à Sélibaby et, par conséquent, à la République sœur du Mali. Celle ville redeviendra donc, comme auparavant, un important carrefour et pourra recouvrer son prestige d’antan. Les études pour la réalisation de tous ces ouvrages sont sur le point d’être élaborées si elles ne l’ont déjà été.

A la lumière de ces perspectives, la ville de Tidjikja doit, dès à présent, préparer le développement urbain qui résultera de tous ces projet de desserte. Elle devra donc se mettre à jour aux plans de l’électricité, de l’hydraulique, des télécommunications et de l’ensemble des infrastructures concernant cette mutation qui se dessine devant elle. Je peux vous dire que tous les efforts seront fournis pour que Tidjikja puisse être à ce rendez-vous des années prochaines.

S’agissant des questions nationales, je dirai que le pays se trouve aux portes de mutations politiques et économiques d’un genre tout nouveau. D’ici un ou deux ans, l’économie du pays connaîtra une évolution spectaculaire qui exige que la Mauritanie se prépare pour tirer le meilleur profit de cette situation. En effet, si un pays se trouve devant des perspectives économiques prometteuses, il doit nécessairement s’y préparer pour s’assurer de n’en récolter que les retombées positives.

Je voudrai attirer l’attention de notre peuple sur cette question parce que si nous ne nous préparons pas, il y aura un sérieux risque de voir cette mutation se retourner contre nous en nous exposant à des risques aux conséquences imprévisibles. C’est pour cela que je dis que nous devons mettre en œuvre deux réformes sans lesquelles on ne saurait s’attendre à quelques résultats positifs que ce soit. La première parmi ces réformes concerne le domaine politique et la deuxième porte sur la gouvernance.

Je commencerai par cette dernière en soulignant que, paradoxalement, notre pays n’a jamais été un pays pauvre. Mais que ce sont plutôt nos méthodes de gestion qui laissaient à désirer. Ce sont les insuffisances criantes de nos procédures de gestion qui nous ont empêché de tirer valablement profit de nos ressources. Nous n’avions malheureusement pas été au niveau requis qu’exigeait la situation.

S’il en a été ainsi par le passé, on s’exposerait, avec l’accroissement prévu de nos ressources, à des conséquences autrement plus désastreuses. En effet, si les ressources pétrolières et minières qui sont en passe d’être exploitées ne sont pas gérées dans une optique de développement au profit de notre peuple, nous aurons exposé le pays à des dangers réels. Comme toutes les autres richesses, ces ressources, si elles sont gérées convenablement, peuvent avoir des retombées positives. Mais si, par contre, elles sont mal gérées, elles ne serviront à rien du tout et notre peuple n’en récoltera que les méfaits. C’est pourquoi j’ai dit, dans de précédentes interventions, que je n’ai nullement froid aux yeux d’appeler les choses par leurs noms.

Il est établi que la bonne gestion ne peut se faire que sur la base d’un minimum de valeurs. Or, nous sommes en face d’un état avancé de déliquescence des valeurs.

A l’heure actuelle, tout s’est dégradé chez nous, le savoir-faire a reculé, les économistes ne s’occupent plus de l’économie, les politiques ne maîtrisent plus leur domaine, même la poésie, par laquelle se distinguait le pays du million de poètes, a connu, elle aussi, une bien malheureuse régression.

Malheureusement, ces disfonctionnements se sont accompagnés d’un bouleversement sur l’échelle de valeurs au profit des médiocrités. C’est cela l’amère réalité dans notre pays où désormais l’apparence est privilégiée au détriment de l’essence. Pareille situation est inquiétante pour l’avenir de la nation parce qu’elle conduit inexorablement vers l’abîme. Nous devons alors commencer, dès aujourd’hui, avec votre aide à tous, à redresser cette situation et pour cela, nous n’épargnerons aucun effort.

Quand j’ai eu à évoquer cette situation, mes propos ont été l’objet de multiples interprétations. On a eu à dire qu'ils étaient dirigés contre telle ou telle partie alors qu’en réalité, je dénonçais un type de mentalités qui prévaut à l’échelle de la société toute entière. Nous devons pouvoir regarder ces réalités en face, en prendre conscience et essayer d’opérer les changements qui s’imposent. Il s’agit d’une situation qui nous interpelle tous, autorités, classe politique, journalistes et membres de la société civile et nous avons le devoir d’agir dans le but d’y apporter les solutions convenables.

En ce qui nous concerne, nous nous acquitterons de notre devoir et nous convierons le peuple à nous épauler dans cette mission.

L’autre réforme que nous nous devons de mettre en œuvre concerne le domaine politique. Je répéterai que, de 1960 à 2006, nous avons vécu un type de régimes politiques qui n’a pas répondu aux attentes de notre peuple. Les insuffisances constatées dans ce domaine ne concernent pas les hommes qui ont eu à exercer le pouvoir mais plutôt les institutions.

Le type de régimes politiques chez nous était celui là même qu’on rencontrait dans les pays de la sous-région dans les années 1960, 70 et au début des années 80. Mais à partir de cette dernière date, notre environnement régional a changé en même temps que le reste du monde. Tous ces changements se sont opérés alors que nous étions restés figés. C’est pourquoi nous avions fait face à des problèmes inextricables.

La question se pose alors de savoir pourquoi ce type de régimes ne s’est pas avéré adapté pour notre pays ?

De 1960 à 1978, un seul président est resté au pouvoir chez nous avant d’être renversé par un coup d’Etat militaire. Entre 1978 et 1984, il y a eu 4 à 5 coups de force ; en 1984, il y a eu un nouveau coup d’Etat puis deux autres en 1991 et il a fallu encore un autre pour changer de régime en 2005. Il faut qu’on se pose la question pourquoi tout ça ? Et surtout que l’on ne perde pas de vue que les coups d’Etat peuvent dégénérer en guerres civiles. Il faut aussi que l’on se demande quel est le type de régime que nous voulons pour notre pays.

Vous savez que dans notre région, il y a 4 pays dont l’un était considéré comme un modèle à l’échelle du continent, qui sont tous en proie à des guerres civiles. Est-ce que nous acceptons de courir le risque de continuer à rester dans cette situation qui peut dégénérer à tout moment ? En toute franchise, je vous dis qu’on était au bord de la guerre civile le 8 juin 2003. Une année après, il y a eu une nouvelle menace de guerre civile.

Vous vous rappelez que le 8 juin, les tirs d’armes ont raisonné pendant 48 heures à Nouakchott, provoquant une panique généralisée. Dans les conditions où l’alternance par voie constitutionnelle n’est pas possible, certains se disent que le changement est la seule possibilité qui s’offre.

Comment peut-on alors résoudre cette situation qui est provoquée par la confiscation prolongée du pouvoir par un seul homme ?

Il faut que nous opérions un changement qui permette de fixer des limites qui empêchent la confiscation prolongée du pouvoir. C’est cette entreprise qui permettra aux uns et aux autres de sentir que le pays leur appartient à tous et que chacun a la possibilité d’élire les dirigeants de son choix à des échéances déterminées.

C’est pour cela que nous avons proposé ce projet de constitution pour lequel je viens solliciter votre soutien pour que vous l’approuviez à un taux très élevé. Nous devons choisir ce système qui ouvre la voie à l’alternance constitutionnelle pour ne pas nous exposer aux risques que provoque le type de régimes politiques qui a, jusqu’ici, été en place chez nous. C’est cela la finalité de la révision de la constitution qui vous sera soumise par voie référendaire.

Comment la nouvelle constitution nous aidera-t-elle à résoudre les problèmes posés ?

La constitution vise la garantie de l’alternance. Il est établi que si un président reste au pouvoir pendant 20 ou 25 ans et que, s’il a la possibilité de se faire remplacer par un dauphin de son choix, il ne se sentira aucunement responsable devant qui que ce soit et, par conséquent, pourra s’autoriser toute sorte de déviations. Après toute cette période, si on se rend compte des dégâts subis, il sera déjà trop tard et rien ne sera plus récupérable. 

L’alternance, elle, contribue à éliminer la haine que cristallise l’exercice prolongé du pouvoir. Il est en effet établi que la haine qui vise les dirigeants est naturellement vouée à s’exacerber au fil du temps. Cette situation peut conduire, au bout du compte, à des troubles et à des guerres civiles. L’alternance est donc un remède contre ce genre de situations.

Par ailleurs, sans l’existence d’une classe politique alternative, il ne saurait y avoir d’alternance.

Chez nous, les dirigeants se font entendre dire qu’ils sont les meilleurs et qu’ils sont indispensables pour la nation. A la fin, ils finissent eux-mêmes par croire à cela et envisagent la possibilité de s’éterniser à la direction du pays. Dans ces conditions, il est évident qu’ils ne vont pas laisser une classe politique alternative prendre corps parce qu’ils élimineront tous leurs opposants par tous les moyens.

Ce genre de problèmes qui nous est posé ne peut être traité que par le biais de dispositions constitutionnelles censées mettre la nation à l’abri des humeurs du responsable. C’est pourquoi nous avons choisi d’amender la constitution pour éviter que notre pays se retrouve à nouveau dans une impasse.

La révision constitutionnelle proposée éliminera les facteurs de blocage qui conduisent habituellement aux coups d’Etat et aux guerres civiles. Une fois ces facteurs éliminés, ces actions ne pourront plus être justifiées aux plans interne et externe.

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, les richesses qui vont être exploitées dans notre pays suscitent des convoitises aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ces convoitises augmentent les risques qui pèsent sur la nation et exigent qu’on s’en prémunisse. Ce sont ces points que j’ai voulu vous expliquer en vous disant que la révision de la constitution a pour finalité l’élimination des facteurs de troubles et d’instabilité.

La nouvelle loi fondamentale nous permettra de mettre le pays à l’abri de tous ces facteurs et de demeurer maîtres de notre destinée.

Je conclurai en disant que la réforme politique en cours est centrée sur la révision de la constitution et il vous est demandé de l’approuver massivement parce que c’est cela l’unique voie pour garantir notre avenir et permettre à notre peuple de se comporter en peuple civilisé.

Je vous remercie."

AMI

 


ASSABA

 

Le chef de l'Etat devant les populations de l'Assaba

Kiffa, 30 avr (AMI) - Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, chef de l'Etat, a présidé dimanche en fin d'après-midi un meeting populaire à Kiffa.

Au cours de ce meeting, le chef de l'Etat a prononcé le discours suivant:

"Je voudrai d’abord exprimer mes remerciements à Messieurs les élus, aux présidents de partis ici présents, aux notables et à tous les citoyens qui ont pris part à cet impressionnant rassemblement par lequel la ville de Kiffa exprime son intérêt pour les questions nationales. Je commencerai par vous parler de la situation dans la wilaya de l’Assaba, j’aborderai ensuite la conjoncture dans laquelle se trouve le pays avant de vous entretenir de l’objet de ma visite actuelle.

En ce qui concerne l’Assaba, je dirai, comme je l’ai souligné tout à l’heure à la réunion des cadres, que la ville de Kiffa deviendra, dans un proche avenir, l’un des plus importants centres urbains du pays. Au carrefour des routes Kiffa – Kankossa – Sélibaby ; Kiffa – Boumdeid – Tidjikja – Atar – Choum (cette route qui sera reliée prochainement à Tindouf), la capitale de l’Assaba sera connectée au réseau routier international desservant l’Algérie, le Mali et l’ensemble du Maghreb arabe. De ce fait, Kiffa qui sera reliée à la ville de Nouadhibou, au réseau transmaghrébin, à l’Algérie et au Mali par deux ouvrages routiers (Route de l’Espoir et route de Sélibaby), deviendra un pôle essentiel. Cette situation exige, dès aujourd’hui, de commencer à préparer la ville pour qu’elle puisse répondre aux exigences que requiert cette nouvelle situation. En ce sens, des directives ont déjà été données aux départements concernés pour entreprendre les études nécessaires afin de trouver des solutions aux problèmes posés par le développement urbain de cette ville. C’est sous l’angle de ce développement futur que des approches seront retenues pour l’épanouissement de la ville qui figurera parmi nos priorités.

S’agissant des questions intéressant le pays dans sa globalité, je dirai que des perspectives prometteuses au plan politique et économique se dessinent à l’heure actuelle pour notre nation. Ces perspectives qui favoriseront, sans aucun doute, un essor rapide, exigent de nous de bien préparer le pays au plan politique, économique et administratif pour que ces mutations qualitatives n’aient pas de retombées négatives sur la collectivité nationale. Dans le domaine minier, il y a au moins deux sociétés qui sont en passe d’entamer l’exploitation de l’or et du cuivre et il y en a d’autres qui développent des activités de prospection pour le diamant et les métaux précieux.

En ce qui concerne la production pétrolière, notre pays a atteint un niveau déjà acceptable et il est certain que, dans une année et demi à deux ans, ce niveau de production sera au moins multiplié par quatre. A la lumière de cela, et fort de cette richesse, notre pays sera en mesure de résoudre tous les problèmes qui lui sont posés. Cette situation exige de nous de prendre en main notre destin afin que nos biens et notre indépendance ne nous soient pas spoliés, comme ce fut le cas pour d’autres pays.

Il est communément admis qu’un pays nanti de toutes ces richesses suscite les convoitises des autres. Dans le cas échéant, seul un Etat fort avec un peuple instruit, maîtrisant sa destinée est capable de préserver ses ressources. N’importe quelle autre voie mènera, qu’Allah nous en garde, à l’aliénation de notre souveraineté et au démembrement. C’est justement pour parer à ce risque qu’est intervenu le changement du 3 août afin que les affaires de la Mauritanie demeurent aux mains de son peuple et que celui-ci puisse les orienter vers la recherche de son intérêt. C’était le seul choix qui s’offrait. En effet, depuis les indépendances jusqu’au 3 août 2005, le pays était dans une situation telle qu’il se dirigeait inexorablement vers la même impasse que d’autres pays ont connue. Nous devons donc conjuguer tous nos efforts pour soustraire notre pays aux dangers que présente une situation pareille.

Si cette situation que nous avons vécue, depuis l’indépendance, était acceptable dans les précédentes décennies, il est certain qu’elle ne l’est plus en 2006 eu égard aux mutations politiques enregistrées au niveau planétaire et à l’échelle de notre sous région. De 1960 jusqu’au 3 août 2005, nous étions restés figés dans un système de parti unique alors que le monde était en proie à de profonds changements. Parmi les facteurs qui sont à l’origine de cette situation, il y a la confiscation du pouvoir par un seul homme et la mise à l’écart du peuple dont le rôle se résumait à entériner, sans discernement, les décisions du régime en place. A cela s’ajoute le nomadisme des acteurs politiques qui, en raison de leur arrivisme, ne jugeaient le pouvoir qu’à travers le prisme de leurs intérêts les plus égoïstes. Il en résulte qu’en cas de difficultés, le régime se trouve fragilisé parce que dépourvu de tout soutien. Dans ces conditions, le pays s’engouffre dans l’impasse comme ce fut le cas chez nous à plusieurs reprises. Cette situation est inévitable pour tout régime comme celui que nous avions où le pouvoir est détenu par un dirigeant qui se fait constamment réélire et qui finit par être «l’homme providentiel» qui, une fois écarté, se voit accabler de tous les maux.

Le plus gros problème c’est que dans une telle situation, les dégâts subis pendant 20 ou 30 ans par le pays ne peuvent plus être réparés. Nous devons donc trouver les moyens appropriés pour que la Mauritanie soit à l’abri de pareilles situations.

Comment allons-nous procéder ?

La révision de la constitution qui sera soumise au référendum en juin prochain procède du souci de garantie de la stabilité des institutions. L’explication des amendements constitutionnels et de leur finalité constitue d’ailleurs l’objet de ma visite actuelle. Ces amendements sont si importants que nous avons tous le devoir d’œuvrer à l’approbation de la constitution par voie référendaire sous peine de compromettre notre avenir.

Un président qui a exercé le pouvoir pendant 20 ou 30 ans et qui peut le céder à une personne de son choix, au moment voulu, n’a de compte à rendre à personne et, par conséquent, peut gérer les affaires comme bon lui semble sans jamais craindre d’être poursuivi. Il peut donc s’autoriser à brader l’économie du pays, cédant ce qu’il veut à qui il veut et privant qui il veut de ce qu’il veut. Notre pays, qui vient juste de sortir d’une situation pareille, a eu à plusieurs reprises à faire face aux conséquences désastreuses de ce même phénomène.

Parc contre, si le président sait qu’il va rester au pouvoir pendant 5 ans seulement ou, dans le meilleur des cas, qu’il pourra y rester 10 ans au maximum, s’il sait qu’il peut être poursuivi, à temps, pour ses actes, le pays serait à l’abri de ce genre de dérives et aurait de considérables garanties qui vont endiguer les malversations et les gaspillages.

Le deuxième point qui justifie l’alternance au pouvoir concerne les sentiments de haine que fait naître l’exercice du pouvoir à l’égard des dirigeants. Ces sentiments iront en s’exacerbant en fonction de la longévité des dirigeants et finiront par provoquer soit un coup d’Etat soit une guerre civile. Notre pays a vécu des situations pareilles qui ont tout aussi marqué la vie de nations similaires. L’alternance politique est le seul rempart pouvant prémunir contre de tels disfonctionnements. Mais il faut que cette alternance soit garantie à travers des dispositions constitutionnelles.

Le troisième point c’est que chaque pays a ses problèmes nationaux spécifiques, et le dirigeant qui reste très longtemps au pouvoir devient l’otage de ses propres approches, excluant tous ceux qui ne partagent pas avec lui la même perception. Cette situation développe des antagonismes qui aboutissent le plus souvent à une cassure politique qui conduit le pays inexorablement vers l’abîme. Seule l’alternance permet d’éviter une telle situation car si tous les 5 ou 10 ans, il y a l’avènement d’une nouvelle équipe, cela favorise de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles approches où les problèmes sont abordés sans complexe dans l’unique objectif de leur trouver des solutions appropriées.

Le quatrième point qui justifie l’amendement constitutionnel concerne l’existence d’une classe politique alternative. Pour que cette classe puisse exister, il faut qu’il y ait des formations politiques et une société civile responsables capables de présenter des projets de société et de constituer une alternative pour le pouvoir en place. Pour cela aussi, il faut que le débat sur les questions nationales soit débarrassé de toute passion.

En dehors de ces conditions, la classe politique alternative ne pourra pas voir le jour et la démocratie sera compromise au même titre que la liberté.

Concernant le cinquième point, je dirai que les blocages politiques sont facteurs de coups d’Etat et de guerres civiles. Le recours à ces phénomènes n’est généralement fait que dans les situations où il n y a pas de perspectives probantes pour une alternance démocratique.

Si les conditions d’une alternance sont réunies, les coups d’Etat et les guerres civiles disparaîtront d’eux-mêmes parce que nul ne pourra les justifier ni à l’intérieur ni à l’extérieur.

Les amendements apportés à la constitution constituent, justement, le seul remède à ces disfonctionnements. Notre peuple a les moyens de conduire cette réforme et il ne fait pas de doute qu’en la menant à bien, il saura réaliser tous les objectifs qu’il se sera tracé.

Je répéterai ici que nous avons accédé à l’indépendance en 1960 et que le premier changement politique n’est intervenu qu’en 1978 suite à un coup d’Etat militaire. Entre 1978 et 1984, nous avions connu 4 coups d’Etat ; en 1984, nous en avons eu un autre. En 1991, il y a eu un coup de force visant la constitution et il a fallu un nouveau coup d’Etat pour changer le système. Tout cela signifie qu’il y a un problème qui doit nécessairement être traité. Ce problème, c’est que les institutions que nous avons ne sont pas adaptées et n’offrent pas de garantie pour l’alternance au pouvoir.

Chez nous, les hommes qui parviennent au pouvoir ne le quittent pas de leur propre gré. Ils sont souvent pris d’assaut par des laudateurs qui leur font croire qu’ils sont les meilleurs et qu’ils sont indispensables pour la nation. A force d’écouter des messages pareils, le dirigeant finit lui-même par y croire et se positionne pour s’éterniser à la direction du pays. Ce genre de problèmes qui nous est posé ne peut être traité que par le biais de dispositions constitutionnelles censées mettre la nation à l’abri des humeurs du responsable. C’est pourquoi nous avons choisi d’amender la constitution pour éviter que notre pays se retrouve à nouveau dans une impasse.

Je dirai ici que si il y a des coups d’Etat qui réussissent, il n y en a d’autres qui se soldent par des catastrophes comme celles que connaissent certains pays voisins que j’éviterai de citer en exemple ici et qui continuent d’être le théâtre de guerres civiles.

Un pays où l’unique voie de changement qui s’offre est celle des coups de force est exposé à sombrer dans ce genre de situations. C’est pourquoi nous avons conçu les amendements à la constitution pour sortir notre pays de ce cercle vicieux.

Pour éviter que des changements, en ce qui concerne la durée du mandat et la rééligibilité du président, soient apportés plus tard à la constitution, nous avons prévu des verrous de sécurité censés contribuer à la pérennité de nos institutions.

Ce sont ces idées que j’ai voulu partager avec vous tout en insistant pour attirer votre attention, vous, habitants de Kiffa, en votre qualité d’avant-garde des populations de l’Assaba, sur l’importance de cette constitution qui constitue un espoir pour tout notre peuple et un tremplin pour soustraire notre pays au cercle vicieux des coups d’Etat et des guerres civiles. J’ai espoir que vous serez l’avant-garde de tout notre peuple dans ce domaine en votant massivement en faveur de la constitution.

Je ne terminerai pas sans dire qu’en dépit des avancées enregistrées dans la mise en œuvre des engagements pris par les forces armées et de sécurité depuis le changement du 3 août, certains citoyens continuent à mettre en doute la sincérité du nouveau pouvoir. C’est le lieu de rappeler qu’une partie des actions programmées a déjà été réalisée et que l’autre partie le sera à coup sûr le moment venu.

Je précise à ce sujet que les forces armées et de sécurité n’ont jamais failli à un engagement quelconque."

AMI


HODH GHARBI

Le chef de l'Etat devant les populations du Hodh El Gharbi

Aioun, 29 avr (AMI) - Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), chef de l'Etat, a présidé samedi en fin d'après-midi à Aioun un meeting populaire.

Au cours de ce meeting, le chef de l'Etat a prononcé le discours suivant: 

"Mesdames, Messieurs,

Chers citoyens,

Permettez-moi de vous dire que je suis fier aujourd’hui du peuple mauritanien, des hommes politiques mauritaniens et des acquis réalisés sur la voie des retrouvailles entre tous les segments de la classe politique.

Comme je l’ai dit hier à Nema, je considère que nous avons franchi des pas importants vers la réalisation de nos aspirations à l’instauration d’un climat politique apaisé. Comme je l’ai dit aussi, la situation que nous vivions était toute particulière parce que caractérisée par une rupture totale entre les différentes composantes de notre peuple, entre nos formations politiques et entre tous ceux-ci et la direction du pays.

La situation politique aujourd’hui est toute autre comme le prouve la présence à ce meeting de tous les partis politiques et de la plupart de leurs présidents qui sont à mes côtés sur cette tribune pour participer au triomphe d’une cause commune qui a déjà fait l’objet d’un consensus national.

L’objet de ma visite à Aioun aujourd’hui est d’expliquer au citoyen toute l’importance du référendum constitutionnel prévu le 25 juin prochain. Certains citoyens peuvent ne pas avoir saisi la portée réelle de cet évènement. Là, je dirai que si la constitution n’est pas approuvée à un taux très élevé, on aura quelque peu échoué dans la mise en œuvre du projet politique souhaité, ce qui correspond à une régression dont nous aurons inévitablement à payer le prix.

Pourquoi la constitution est-elle si importante pour nous?

A ce sujet, je dirai que des amendements ont été apportés à l’ancienne loi fondamentale. Sans ces aménagements essentiels qui constituent l’ossature sur laquelle sera bâtie la démocratie dans notre pays, il n y aurait aucune garantie pour nous prémunir contre le retour à la situation antérieure.

Le premier amendement se rapporte au mandat du président de la république. Sans évoquer les conditions qui entouraient, chez nous, l’élection du président de la république - ce qui relève d’un autre problème - je souligne seulement, comme vous le savez, qu’une fois élu, le dirigeant, ici, pouvait être reconduit autant de fois qu’il le souhaitait. Or cette réélection continuelle du président représente, comme nous l’avons vécu, le plus grand mal dont souffrent nos institutions. Nous avons alors jugé que la constitution devait être amendée pour limiter à deux seulement le nombre de mandats du président de la république. Ces dispositions devaient forcément être consignées dans la loi fondamentale pour qu’elles ne puissent pas être sujettes à une remise en cause. Pour cela, elles ont été renforcées par un nouvel article prévoyant qu’aucune procédure de révision de la constitution ne peut être engagée si elle porte atteinte au principe de l’alternance au pouvoir, à la durée du mandat du président et à sa rééligibilité. Dans le même ordre d’idées, les amendements à la constitution prévoient que le président jure par le Saint Coran, en présence des institutions constitutionnelles, de ne jamais prendre une initiative qui puisse conduire à la révision des dispositions relatives à la durée et au nombre des mandats du président. Ces dispositions sont celles là mêmes qui garantiront l’alternance sans laquelle il ne peut y avoir d’Etat de droit.

Comme je l’ai expliqué, sans ces dispositions, si un Président est élu chez nous, il pourra se faire réélire autant de fois qu’il le voudra. Cette redoutable probabilité est fort à craindre dans un pays comme le nôtre où le Président s’était toujours fait réélire à volonté et où aucun Chef d’Etat n’a eu à quitter le pouvoir que par suite à coup de force.

Je reviendrai ici sur l’historique du pouvoir en Mauritanie. Nous avions acquis notre indépendance en 1960, le premier changement que nous avions connu interviendra en 1978, suite à un coup d’Etat militaire. Entre 1978 et 1984, il y a eu quatre coups d’Etat, il y en a eu un en 1984, il y a en a eu un de nouveau en 1991 avec l’action qui a visé la constitution et le régime qui était en place a fini par être déposé par un Coup d’Etat parce que d’ailleurs c’était la seule possibilité qui s’offrait. Ainsi, après quarante années d’indépendance, nous remarquons que chez nous, le changement a toujours été opéré par la force. Nous devons alors en tirer les conclusions. Le problème ici n’est pas un problème de personnes mais plutôt une question liée au système politique qui nous prédispose à végéter dans une situation pareille.

Il est donc évident que pour résoudre ce problème, nous devons concevoir un autre système. C’est dans ce cadre que nous vous proposons l’unique voie qui s’offre qui est celle d’une révision de la constitution prévoyant des dispositions fixant la durée du mandat du Président, sa rééligibilité une seule fois et lui interdisant de changer le texte de la loi fondamentale en ce qui concerne ces questions.

Ce sont seules ces dispositions qui garantissent qu’on n’ait pas affaire à un Président qui restera au pouvoir tout le temps qu’il voudra, avant de le céder à un dauphin qu’il aura lui-même choisi. C’est en soit déjà suffisamment bénéfique pour la Nation car un Président qui est assuré de rester en place pendant 25 ans ou plus et qu’il se fera remplacer par la personne de son choix, n’a de compte à rendre à personne et, par conséquent, peut faire tout ce qu’il veut en matière de gestion. Des situations pareilles se sont toujours avérées désastreuses pour le pays, au plan économique, parce que, dans ce cas, le bilan est établi à un moment tardif où rien ne peut plus être fait pour se rattraper.

Le second point que je vais évoquer ici concerne les sentiments de haine nés de l’exercice prolongé du pouvoir par un seul président. Vous savez que l’exercice du pouvoir cristallise, à l’égard des dirigeants, de pareils sentiments qui iront en s’amplifiant pour aboutir à une situation explosive. Une telle situation pourra être évitée par le biais de l’alternance.

Le troisième profit que nous pouvons tirer de l’alternance concerne l’existence d’une classe politique alternative. En effet, en dehors d’un système favorisant l’alternance, il ne peut guère y avoir d’autres hommes pouvant se positionner pour la relève des dirigeants en place. Car la logique du système veut que les adversaires éventuels soient éliminés par tous les moyens.

Le quatrième point concerne l’approche de solutions aux problèmes nationaux posés. Si ces problèmes sont toujours traités par la même équipe pendant 25 ou 30 ans, leur approche aura inévitablement tendance à être personnalisée. Dans ces conditions, tous ceux qui ne souscrivent pas à la vision du régime en place en la matière seront classés comme étant des ennemis du régime et de son président. Il en résulte une absence totale de perspectives de solution aux problèmes nationaux posés.

Par contre, en cas d’alternance, les problèmes nationaux pourront être traités dans un climat d’apaisement qui favorise des solutions appropriées évitant au pays de se retrouver dans une impasse.

Le dernier avantage du système que nous proposons concerne la disparition des facteurs d’impasse qui engendrent des coups d’Etat et des guerres civiles. Une fois que le pays arrive à instaurer un système permettant l’alternance, le recours au changement de régimes par la force ne pourra plus être justifié ni à l’intérieur ni à l’extérieur.

La disparition de ces facteurs d’impasse va permettre au pays de jouir d’une stabilité politique sur des bases constitutionnelles, ce qui est en soi très important pour notre pays et son avenir.

Ce sont ces perspectives que va ouvrir la nouvelle constitution que j’ai voulu expliquer. Pour cela, je vous convie à évaluer la situation dans laquelle se trouvait le pays et les perspectives qui s’offrent en matière d’instauration d’un Etat de droit où les mauritaniens auront tous, sans exclusive, la possibilité de vivre ensemble dans un climat de quiétude et de sérénité.

Pour cette raison, je vous demande à tous, présidents de partis, acteurs politiques, membres de la société civile, notables ou simples citoyens, d’œuvrer en faveur d’un plébiscite de la constitution.

Je voudrais, avant de terminer, souligner quelques points que j’ai déjà évoqués :

Premièrement, que les forces armées et de sécurité, dont la démarche a été empreinte de sincérité, ont jusqu’ici, tenu, sans faille, à leurs engagements. Par conséquent, il n y a aucune raison à mettre en doute les intentions qui les animent parce que le programme qui a été annoncé au départ sera exécuté à la lettre.

Deuxièmement, que l’œuvre de redressement est un passage obligé. De nombreux programmes sont aujourd’hui en chantier. Il s’agit de la réforme de la justice, de la bonne gouvernance et du processus électoral. A ceux parmi vous qui peuvent ne pas avoir encore perçu les résultats de l’action engagée, je dis que l’œuvre n’est qu’à ses débuts et que ses retombées positives ne tarderont pas à apparaître.

Mais il s’agit d’une œuvre de longue haleine qui se poursuivra encore pour plusieurs années. Les leaders politiques qui présenteront leur candidature à la présidence de la république doivent en être conscients et se préparer pour la poursuite de l’action engagée en faveur du redressement.

Troisièmement, j’ai dénoncé, il y a quelques jours, un certain nombre de comportements concernant la gestion des biens publics et l’ostracisme par lequel la société frappe les honnêtes citoyens au moment où ceux qui détournent allègrement les biens publics sont glorifiés. Ces propos ont donné lieu à de multiples interprétations me prêtant l’intention de viser tel ou tel régime alors qu’en réalité, il s’est agi tout simplement de faire un diagnostic, sans complaisance, d’une situation inacceptable que vit notre pays. Nous avons dit cela afin que, le moment venu, nul ne soit pris au dépourvu quand les mécanismes de contrôle auront été mis en œuvre. Encore une fois, il ne s’agit pas de viser qui que ce soit mais plutôt de dénoncer la situation qui frappe notre pays et que nous sommes décidés à redresser quel qu’en soit le prix.

Je vous remercie."

AMI


 HODH el CHARGHI

Le chef de l'Etat devant les populations du Hodh el Charghi

 Néma, 28 avr (AMI) - Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, chef de l'Etat, a présidé vendredi en fin d'après-midi un meeting populaire à Nema.

 Au cours de ce meeting, le chef de l'Etat a prononcé le discours suivant:

 "M. le maire,

 Les revendications que vous avez présentées feront l'objet d'une étude, et aucun effort ne sera épargné pour vous donner satisfaction, dans la mesure du possible, dans les plus brefs délais. Et dans les semaines à venir, vous en aurez vous-même la certitude.

 

Je suis arrivé aujourd'hui dans la ville de Nema où je me retrouve parmi vous pour vous entretenir au sujet de deux questions nationales. La première, concernant les retrouvailles au sein du tissu politique et social dans le pays, a été réalisée à 50%. Aujourd'hui, à la vue de la diversité exprimée par les banderoles brandies dans ce meeting, on se rend compte que les mauritaniens, quelle que soit leur appartenance politique, tribale ou autre, accueillent ensemble le chef de l'Etat, dans un élan de patriotisme et de fraternité.

 

C'est là le premier acquis que nous avons réalisé depuis le 3 août 2005. Vous savez qu'auparavant, nous vivions dans une situation politique particulière où il y avait une rupture totale entre les différents segments de la classe politique. Chaque partie campait sur ses positions sans jamais communiquer avec les autres ni tenir compte de leur opinion.

 

Aujourd'hui, le nouveau contexte politique que nous vivons peut être considéré comme l'un des acquis les plus rassurants pour notre avenir.

 

Après cet éclaircissement, le deuxième point que je voudrai évoquer, et qui fait l'objet de ma visite, concerne le projet politique qui vous est soumis à travers le référendum constitutionnel prévu d'ici un mois et demi. Quelle importance revêt pour nous cette constitution pour l'avenir de la nation?

 

Nous avons proposé l'amendement de 3 articles de l'ancienne loi fondamentale.

 

Premièrement, le président de la république est rééligible une seule fois.

 

Deuxièmement, la durée du mandat présidentiel a été ramenée à 5 ans.

 

Troisièmement, des dispositions constitutionnelles ont été prises pour qu'aucune procédure de révision de la loi fondamentale ne puisse être engagée si elle porte atteinte au principe de la rééligibilité du président et de la durée de son mandat.

 

Quatrièmement, l'article 104 qui portait atteinte à la crédibilité de la constitution a été supprimé et remplacé par de nouvelles dispositions.

 

Quelle est l'importance de la réduction à 5 ans de la durée du mandat présidentiel et quelle est l'importance de la rééligibilité une seule fois du président de la république ?

 

S'agissant de ce premier point, je voudrai faire les précisions suivantes :

 

Dans des pays à tradition monopartisane comme le nôtre, et où les mentalités sont façonnées par ce système monolithique, certains présidents ont la fâcheuse habitude de vouloir s'éterniser au pouvoir qu'il ont la possibilité de léguer, le moment venu, à un héritier parmi les proches.

 

A quoi pareille situation peut-elle aboutir?

 

Un Chef d'Etat, qui a exercé le pouvoir pendant 20 ou 30 ans et qui a la possibilité de se faire remplacer, au moment voulu, par une personne de son choix, n'a de compte à rendre à personne et ne va pas se priver de faire comme bon lui semble. Si, trente ans après, on se rend compte des excès de ce dirigeant, il sera déjà trop tard parce qu'en ce moment, rien n'est plus récupérable.

 

En conséquence, si nous continuons dans ce système qui permet aux dirigeants de rester au pouvoir pour 20 ou 25 ans avant de le léguer à qui ils veulent, nous demeurerons dans une impasse politique et on ne s'en sortira jamais. Dans ces conditions, vous imaginez que l'économie du pays restera aux mains d'un groupe restreint d'individus qui en fait comme bon lui semble parce que sachant qu'il n'aura guère à répondre plus tard de ses agissements.

 

Si par contre, au bout de 5 ans, les dirigeants savent qu'ils se feront remplacer par une autre équipe, un autre régime et un autre système, ils ne peuvent que s'appliquer dans tout ce qu'ils font parce qu'ils savent que tous les dossiers relatifs à leur gestion seront ouverts et que des comptes leur seront demandés, à temps, pour tout manquement.

 

Il en résulte donc que l'alternance au pouvoir est indispensable pour tous les pays et en particulier pour le nôtre où prévalent certaines mentalités incompatibles avec le respect de la chose publique.

 

Le deuxième point justifiant l'alternance au pouvoir est le suivant :

 

Il est connu que tout exercice du pouvoir cristallise des sentiments de haine à l'égard des dirigeants. Ces sentiments qui s'exacerberont en fonction de la longévité des dirigeants seront naturellement plus vifs si un président garde le pouvoir pendant 18, 20 ou 25 ans. Pareille situation conduira, au bout du compte, inexorablement à une explosion dont nul ne peut prévoir les conséquences. L'alternance est justement conçue pour éviter de telles situations.

 

Pour le cas de l'espèce, les sentiments de haine à l'égard des anciens dirigeants disparaîtront d'eux-mêmes au bout de 5 ans dès lors qu'il y aura un nouveau système et de nouveaux dirigeants qui, en adoptant de nouvelles approches, chercheront à négocier autrement les questions à l'origine des sentiments de haine vis-à-vis de leurs prédécesseurs.

 

Le troisième point :

 

Il est connu que chaque pays fait face à un certain nombre de problèmes. Si c'est une seule et même équipe qui reste au pouvoir pendant 20, 25 ou 30 ans, son approche aux problèmes nationaux, aura tendance à être personnalisée. C'est ainsi que naîtront des affrontements stériles entre les différents acteurs politiques en présence. Ceux-ci percevront tous les problèmes posés uniquement à travers le prisme de leurs querelles politiciennes et, du coup, les problèmes nationaux ne seront plus examinés dans la perspective de leur trouver des solutions adéquates.

 

Par contre, l'alternance au pouvoir facilite la solution aux problèmes nationaux posés dans la mesure où l'avènement d'une nouvelle équipe favorisera une dynamique débarrassée de complexes et dont la seule finalité est d'apporter une réponse à toutes les questions posées.

 

Dans ces conditions, ces nouveaux dirigeants qui sauront résoudre les problèmes posés éviteront au pays de se retrouver devant une impasse préjudiciable à la nation.

 

Le quatrième point :

 

Il concerne la nécessité d'avoir une classe politique alternative. Or, si nous sommes en face d'un régime monolithique qui n'admet pas l'existence d'opposants, il n y aura pas possibilité d'avoir cette classe politique alternative. C'est ainsi qu'il y aura un vide politique qui débouchera sur « l'homme providentiel » qui, une foi déposé par un coup d'état ou au terme d'une guerre civile, deviendra un méprisable félon.

 

Le cinquième point :

 

Si les facteurs d'impasse politique disparaissent, les coups d'Etat et les guerres civiles n'auront plus leur raison d'être et ne pourront plus être justifiés ni aux yeux de l'opinion nationale ni pour l'extérieur. Dans ces conditions, il serait peu probable que de tels phénomènes se produisent.

 

Ce sont ces 5 points essentiels que j'ai voulu aborder et qui peuvent permettre à notre pays d'éviter de se retrouver dans l'impasse que nous avons connue par le passé ou que des pays de la région ont eu à connaître.

 

Nous pourrons parvenir à notre objectif uniquement en révisant notre constitution et en l'approuvant massivement par voie référendaire. En effet, il est établi que sans les dispositions constitutionnelles dont je viens de parler, le changement souhaité ne sera pas obtenu et on ne fera que végéter dans l'impasse.

 

Là, je reviendrai un peu sur l'histoire de notre pays. Nous avons accédé à l'indépendance en 1960 ; le premier changement politique que nous avons connu n'interviendra qu'en 1978 suite à un coup d'Etat militaire. Entre 1978 et 1984, il y a eu 5 coups de force. En 1984, il y a eu un nouveau coup d'Etat et il en a fallu encore un autre pour mettre un terme au pouvoir mis en place en 1984. Qu'est ce que tout cela veut dire ? Tout simplement, ça veut dire que le système qui est le nôtre est inadapté et que même si ces procédés étaient admissibles dans les années 70 et dans les années 80, ils ne pourront en aucun cas l'être aujourd'hui. Les changements que le monde a connus font que ces procédés sont aujourd'hui dépassés et ne pourront plus être de mise. En somme, nous n'avons plus le choix, nous sommes obligés de doter notre pays d'instruments permettant à notre peuple d'opérer, au bout d'une échéance, les changements qu'il souhaite par voie constitutionnelle, dans le plein respect de la légalité.

 

C'est cela le sens de la révision constitutionnelle qui vous sera soumise par voie référendaire et il vous est demandé d'en comprendre, comme il se doit, la véritable dimension et d'en saisir l'importance pour notre pays. C'est ainsi que vous saurez garantir la survie de la nation, que vous saurez lui éviter de végéter dans l'impasse et de risquer l'éclatement.

 

Je sais que bien des gens, ne sachant pas de quoi sera fait demain, manifestent une certaine réticence vis-à-vis du changement. A ceux- là, je dirai qu'ils devaient plutôt se poser la question de savoir vers quel lendemain on s'acheminait. Personnellement, je pense que la situation antérieure ne présentait pas de perspectives et que, cela étant, nous sommes obligés d'opter pour un système politique viable.

 

Je voudrai dire ici que les forces armées et de sécurité, en opérant le changement, avaient agi dans l'unique objectif de redresser la situation, sans intention aucune de conserver le pouvoir. Ces forces sont déterminées à conduire, dans les délais qu'elles se sont fixé, les réformes programmées et à donner au peuple mauritanien l'opportunité de jouir d'une vie politique compatible avec les exigences de l'ère.

 

Les forces armées et de sécurité n'ont pas d'autre ambition et, une fois ce programme réalisé, reprendront leur mission ordinaire. Il faut que cela soit clair pour tous et qu'il n y ait pas d'équivoque sur ce plan.

 

Je voudrai revenir ici sur un point que j'ai évoqué il y a quelques jours : parmi les problèmes posés au pays en plus de ceux liés à la réforme politique, il y a d'autres questions qui conditionnent toute avancée. Il s'agit de la réhabilitation de l'homme mauritanien, de la reconversion de ses mentalités qui sont des questions qui nous interpellent tous, partis politiques, société civile, notables et simples citoyens.

 

Les propos que j'ai tenus à ce sujet ont fait l'objet de multiples interprétations et de rumeurs tendancieuses me prêtant tantôt l'intention de m'attaquer à untel ou à untel, tantôt l'intention de viser l'ancien régime ou le gouvernement actuel. Ces allégations sont toutes, en réalité, sans fondement et étrangères aux intentions des forces armées et de sécurité qui sont, en fait, mues par le seul intérêt national.

 

Au lieu de s'adonner à la propagation des rumeurs et à la calomnie, on ferait mieux de nous orienter vers la construction du pays et de préparer convenablement le devenir de notre nation.

 

De nouveau, je vous répète que sans cette nouvelle constitution qui organise l'alternance au pouvoir, notre pays ne pourra jamais sortir de l'impasse et c'est pourquoi je vous convie à voter massivement en faveur de la loi fondamentale pour donner de nouvelles chances à notre pays.

 

Je voudrai enfin exprimer mes remerciements à tous les citoyens venus assister à ce meeting, que ça soit sur la base de leur appartenance à un parti politique, qu'ils soient venus d'eux-mêmes ou pour le compte de certaines notabilités.

 

Je vous remercie et vous souhaite plein succès".

AMI


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