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Nouakchott Info Quotidien n° 831 du 22 août 2005

La Tribune n°267 du 8-8-05


 

A Nouakchott Info Quotidien n° 831 du 22 août 2005

 

Mohamed Ould Maouloud empêché, c'est le Premier Vice Président de l’UFP, Bâ Boubakar Moussa, qui a été reçu par le Président du CMJD dans le cadre du lancement du processus de concertation avec les partis politiques. Il nous fait dans cet entretien le compte rendu de sa rencontre avec le chef de l'Etat.

 Nouakchott-Info : M. le Président, vous venez de rencontrer le Président du Conseil Militaire, M. Ely Ould Mohamed Vall. Peut-on savoir quel était l'objet de cette rencontre ?

Bâ Boubakar Moussa : En effet, sur la proposition du Président du Conseil de rencontrer l'ensemble des partis, je me suis entretenu avec lui le jeudi 18 août 2005, au nom de la direction de l'UFP - le Président Mohamed Ould Maouloud étant empêché du fait d'un deuil qui frappe sa famille. Le Président du Conseil Militaire était disposé au report de la rencontre, mais la direction du parti, en particulier son président, a voulu qu'il en soit autrement, du fait de l'importance de l'événement en rapport avec la situation particulière que traverse notre pays et qui demande des réponses urgentes.

 

NI : Pouvez-vous nous dire quel a été le contenu de la rencontre, en comparaison avec celle du 6 août avec l'ensemble des partis politiques ?

BBM : C'est le Président du Conseil Militaire, naturellement, qui a introduit les échanges. Après m'avoir prié de transmettre ses condoléances au parti et au Président Mohamed Ould Maouloud, il a résumé, pour l'essentiel, l'allocution qu'il a prononcée devant les représentants des partis politiques, samedi 6 août 2005. Deux éléments essentiels, cependant, marquent la différence avec l'allocution du 6 août. D'abord son insistance sur l'importance des partis politiques et de la société civile dans le jeu démocratique, sur l'impérieuse nécessité de faire entendre leurs voix même quand ils sont minoritaires, à ceux qui exercent le pouvoir, afin qu'il en soit pleinement tenu compte dans la gestion des affaires du pays. Ensuite, le réalisme dans l'évaluation des résultats à attendre de la transition, étant donné les limites de temps, les contraintes et les multiples pressions en présence.

 

NI : Qu'avez-vous répondu à ses propos ?

BBM : J'étais porteur d'un message de la direction de l'UFP. Je vais tenter de le résumer en quelques mots. Je l'ai d'abord remercié pour l'honneur qu'il nous fait de nous recevoir,   pour  la  sollicitude   qu'il a pour notre parti, suite à l'accident de la route et au décès du frère de notre Président. Je lui ai dit toute l'importance que l'UFP attache à cette rencontre, réunissant celui qui assume les charges suprêmes du pouvoir et le plus ancien parti politique du pays, héritier du MND, dont la boussole demeure les intérêts supérieurs du pays. J'ai poursuivi en esquissant les grandes lignes de notre analyse de la situation de la Mauritanie, les pressions internes (tribales, régionales, politiques, intercommunautaires et militaires), les pressions externes (relatives aux tentatives hégémoniques de certains de nos voisins, à nos richesses pétrolières et gazières, à la position stratégique de notre pays)... J'ai beaucoup insisté sur la responsabilité historique des autorités du pays et des partis politiques face à des risques d'instabilité, voire de situation chaotique, pour saisir les opportunités qui se présentent. Je n'ai pas manqué d'insister également sur l'importance pour nous des résultats de la rencontre, des conclusions partagées sur les questions essentielles du moment dont l'incidence pourrait être décisive sur l'avenir du pays.

Fort de tout cela, j'ai avancé les propositions de l'UFP pour la transition : la nécessité d'un consensus minimal pour l'ensemble des parties prenantes de la scène publique (c'est-à-dire le Conseil Militaire, les partis politiques, les associations de la société civile et les leaders d'opinion) autour d'un programme centré sur les axes du discours du Président du 6 août, et la mise en place d'un cadre de concertation permanent entre les acteurs cités, complément naturel et indispensable à ce programme, pour en assurer le suivi et la mise en œuvre.

 

NI : Avez-vous eu quelques échanges sur les possibilités et les limites de la transition ?

BBM : Nous sommes parvenus à la même compréhension des possibilités et des limites de la transition. Pour I'UFP, la transition, sur la base d'un programme et d'un cadre consensuels, pourrait réformer la constitution, créer les conditions nécessaires à des élections libres et transparentes, fixer les grandes lignes d'un cadre démocratique, apporter des pansements aux plaies de notre société, alléger les souffrances sans pouvoir les guérir.

 

NI : Avez-vous abordé quelques exemples concrets ?

BBM : Oui ! Les événements de 1989-1991 et leurs conséquences. Je lui ai dit qu'il est possible, au cours de la transition, de résoudre la question des déportés, des fonctionnaires et militaires injustement sanctionnés, des   veuves,  etc.   Je n’ai pas manqué d’ajouter, par contre que les débats portant sur les fondements de la coexistence entre les communautés de notre pays, exigent plus de temps pour être abordés et tenus dans la sérénité, avec toute la sagesse requise, en vue de refonder notre unité nationale sur des bases encore plus solides, reconnaissant l'égalité en droits et en devoirs de l'ensemble des communautés, des citoyens de toutes les conditions. Cela ne sera possible qu'après la transition.

J'ai parlé des coups de force de 2003 et 2004 et de l'exigence d'une amnistie en faveur des prisonniers militaires et politiques et de tous ceux qui, de près ou de loin, ont été impliqués. Nous entendons ici et là évoquer l'exception de ceux qui ont commis des crimes de sang. Je ne voudrais pas dire que c'est un argument fallacieux mais il n'est ni consistant, ni convaincant. La réconciliation nationale, entre tous les Mauritaniens, quelque soit la nature des différends qui ont pu nous opposer, est indispensable. Si on introduit l'exception relative aux crimes de sang, on ne pourrait en exclure les événements 1989-1991. Plusieurs responsables qui exercent aujourd'hui le pouvoir seraient alors incriminés. Ce n'est pas le moment requis pour ouvrir l'ensemble des dossiers. Travaillons ensemble à en créer les conditions et, quand le moment sera venu, nous pourrons utilement recourir à l'expérience sud-africaine " Vérité-Réconciliation ".

Le Président nous a répondu qu'il prenait bonne note de toutes les questions évoquées et a demandé que nous lui fassions confiance. Tout ce qu'il sera possible de faire au cours de la transition le sera, dans les limites des contraintes et des pressions diverses. Il a fait appel à notre sagesse, à notre sens politique et à notre réalisme, insistant sur l'importance de relations de concertation et d'échanges avec les partis politiques, sur des bases mutuellement avantageuses.

 

NI : D'autres questions ont-elle été abordées ?

BBM : Sous l'insistance du Président qui nous a demandé de ne pas hésiter à lui dire ce qui va mal dans ce pays, nous avons attiré son attention sur quelques exemples choquants de la gestion des affaires du pays, comme l'existence de dérives maffieuses dans l'économie, la corruption de l'administration et de la police, la vente des passeports, etc. Etant donné les limites de temps, la liste est, inévitablement limitée. En nous quittant, nous avons tous les deux insisté sur la nécessité de nous revoir dans les meilleurs délais, pour approfondir les questions abordées et continuer nos échanges.

Le Président nous a répondu qu'il prenait bonne note de toutes les questions évoquées et a demandé que nous lui fassions confiance. Tout ce qu'il sera possible de faire au cours de la transition le sera, dans les limites des contraintes et des pressions diverses. Il a fait appel à notre sagesse, à notre sens politique et à notre réalisme, insistant sur l'importance de relations de concertation et d'échanges avec les partis politiques, sur des bases mutuellement avantageuses.

 

NI : Question subsidiaire : que s'est-il passé à la rencontre de Dakar de l'opposition extérieure ?

BBM : Notre camarade Lô Gourmo s'est rendu à Dakar au cours de la même période. Il a exprimé aux représentants de l'opposition en présence, en particulier aux "Cavaliers du changement" le point de vue de I'UFP. Ils ont pu se convaincre mutuellement qu'à l'étape actuelle, l'ensemble des acteurs de la scène publique doivent se rencontrer sur le territoire mauritanien et convenir d'un programme minimum consensuel pour la transition, et d'un cadre de concertation pour en assurer le suivi et la mise en œuvre. A cette fin, il est indispensable d'accorder l'amnistie à tous ceux qui, à l'intérieur et à l'extérieur, connaissent une situation qui les empêche de participer aux débats en cours. Une quasi-unanimité s'est faite autour de ce point de vue et nous avons convenu de rester en contact et de conjuguer nos efforts pour mettre en œuvre nos conclusions communes. Gourmo a profité de son séjour pour rencontrer les représentants des autorités sénégalaises, en particulier le ministre des affaires étrangères, nos amis et camarades de différents partis et de la société civile, pour leur expliquer le point de vue de notre parti qui a été bien accueilli par l'ensemble des interlocuteurs.

 Propos recueillis par Khalilou B. Diagana


A La Tribune n°267 du 8-8-05

 

MFO : Le Président du Conseil militaire a reçu les représentants des partis politiques. Pouvez-vous nous dire quelle est la quintessence de la rencontre ?
BmB :
Nous avons été effectivement reçus par M. Ely Ould Mohamed Fall, Président du Conseil militaire. Il est le seul à avoir pris la parole. Voici pour l’essentiel le résumé de ses propos. Il a commencé d’abord par nous expliquer qu’il nous rencontrait tous en même temps, au même lieu pour éviter tout quiproquo quant à l’indépendance du Conseil militaire par rapport à l’ensemble des courants politiques. Il nous a ensuite expliqué les raisons fondamentales du changement opéré, en procédant à un regard historique et rétrospectif de l’expérience politique dans notre pays, de 1960 à nos jours. Il n’a pas insisté sur l’expérience du parti unique avec le PPM, il a assimilé l’expérience des Structures d’Education des Masses, au lendemain du coup d’Etat militaire à celle du parti unique. Pour lui, le changement le plus notable a été la démocratisation et l’instauration du multipartisme. L’adoption d’une constitution, les présidentielles, les législatives, valent ce qu’elles valent, selon lui, mais elles constituent le changement le plus notable depuis l’indépendance.
A son avis, le système portait, malheureusement, en lui-même, le germe de sa propre mort, car le secrétaire général du PRDS était en même temps le Président de la République. Dans la mesure donc où il était devenu impossible de procéder aux réformes nécessaires, pour éviter les scénarios à l’ivoirienne ou à la somalienne, il n’y avait d’autre issue que la voie qu’il a suivie.
 

MFO : Que propose-t-il ?
BmB :
Il propose, selon ses propres termes, « de dégripper la machine », en procédant aux réformes constitutionnelles suivantes : 1°) Réduire le nombre de mandats présidentiels à deux, en adoptant des mesures garantissant l’impossibilité de manipuler la constitution par la suite. 2°) Une durée du mandat présidentiel de 4, 5 ou 6 ans. 3°) La suppression de l’article 104.

MFO : Quelles garanties offre-t-il ?
BmB :
Sa parole et les actes qui vont suivre ! Le Président du Conseil militaire, les membres du Conseil, le Premier ministre, les membres du gouvernement, ne pourront se présenter ni à la présidentielle, ni aux législatives. Le Conseil et le gouvernement n’auront ni ne soutiendront aucun parti politique, aucun candidat. A la fin du processus électoral, le Conseil Militaire sera dissout.

MFO : A-t-il précisé des délais ?
BmB :
Il prévoit la révision et l’adoption de la constitution dans un délai maximum d’un an et la tenue des élections présidentielles et législatives dans deux ans au plus tard. Une commission nationale électorale, dont les attributions seront précisées à la suite des débats avec l’ensemble des acteurs politiques, sera mise en place.

MFO : Quelles appréciations portez-vous sur ces propos ?
BmB :
Au nom de l’UFP, je me félicite des engagements clairs et précis pris par le Président du Conseil militaire, dans un style empreint de modestie et de sincérité. L’UFP soutient ces engagements et prie l’ensemble des acteurs de la scène publique de s’associer à elle, ainsi qu’au Conseil militaire, pour que ces engagements prennent la forme d’un accord programme pour la gestion de la transition. En effet, malgré les élans généreux et sincères du Président du Conseil Militaire, il convient de noter que l’une des leçons essentielles de l’expérience politique depuis 1978, c’est l’incapacité des régimes qui se sont succédés de procéder au dialogue, à la recherche du compromis et du consensus pour préserver la paix civile et garantir un minimum de stabilité. Pour la paix civile et la stabilité, nous avons besoin d’un engagement formel de la part de l’ensemble des parties prenantes de la scène publique.
- Les acteurs politiques qui croient que le moment est venu pour eux d’aller, de manière solitaire, à l’assaut du pouvoir, sans se soucier de la recherche d’un consensus minimal, font courir de graves risques à notre pays. Ce sont les pressions multiples, régionales, tribales et politiciennes qui expliquent l’instabilité et les risques de chaos que coure notre pays. Tout le monde sait que des puissances extérieures sont en compétition pour le contrôle des richesses pétrolières et gazières de notre pays. Je n’évoque pas la question du Sahara occidental et les enjeux régionaux et internationaux majeurs liés à ce conflit. Aucun d’entre nous ne saura assurer son salut propre dans la recherche de la satisfaction de ses seuls intérêts. Le salut pour nous tous et pour chacun d’entre nous pris séparément se trouve dans le consensus pour la conduite de la transition.

MFO : Est-ce vraiment suffisant ?
BmB :
Loin de là ! Nous avons impérieusement besoin d’un cadre de concertation dans lequel les partis prenantes essentielles de la scène publique peuvent se consulter, débattre, convenir de décisions engageant les unes et les autres. L’exemple du Mali, à cet égard, est très édifiant et mérite qu’on l’étudie de près. En tout état de cause, c’est de la responsabilité de tous d’y travailler, en premier lieu le Président du Conseil, car, comme l’UFP, il est certainement sincère dans son désir d’établir dans notre pays un système démocratique apaisé.

MFO : Le pays traverse une crise profonde, malgré l’espoir de lendemains meilleurs, il y a des questions essentielles que ni le Président lors de la rencontre, ni vous-mêmes dans cette interview n’avez encore abordées…
BmB :
Vous avez tout à fait raison. Les accents de sincérité du Président du Conseil militaire, à mon humble avis doivent aller plus loin. Notre pays en a besoin. Nous avons besoin de restaurer la confiance entre les Mauritaniens et, pour cela, il s’impose, au nom de l’Etat, de demander pardon pour tous les crimes de droits humains qui ont été commis en 1989, sur la base du principe vérité-pardon et réconciliation nationale. La justice et l’administration sont gangrenées par la corruption, les détournements des deniers publics. Des secteurs maffieux de l’économie commencent à pointer du nez de manière inquiétante. L’euphorie du changement ne doit pas nous enivrer au point de perdre notre sens d’une évaluation objective de la situation, des mesures de redressement profondes et salutaires à prendre.

MFO : N’êtes-vous pas sévères dans vos critiques, au risque de paraître plus complaisants à l’égard du régime déchu ?
BmB :
Mohamed Fall, je suis parfaitement à l’aise ! Le Président du Conseil, M. Ely Ould Moahamed Fall et ses amis proches peuvent en témoigner. Dans nos rapports avec M.. Maaouiya, nous avons toujours mis en avant les intérêts suprêmes du pays, prônant la recherche du compromis et du consensus par le dialogue, en vue de préserver la paix civile et d’éviter les situations chaotiques. Au cours de l’année écoulée, nous avons inlassablement appelé à des réformes profondes pour surmonter la crise. Nous n’avons jamais soutenu les fondements de sa politique. Réalistes dans l’appréciation du rapport des forces, nous avons, invariablement, demandé des réformes progressives, susceptibles d’offrir, à terme, la possibilité de s’engager dans des actions historiques indépendantes, c’est-à-dire, le changement de régime politique. C’est dans vos colonnes mêmes que j’ai prononcé cette formule, à la virgule près !
- Aujourd’hui, le Président du Conseil s’engage à promouvoir les revendications de l’ancienne opposition. Nous croyons à sa sincérité mais, pour un parti politique comme le nôtre, le crédit de la bonne foi doit s’accompagner en même temps de la vigilance. Notre discours n’a pas changé. Il n’y a pas de salut possible pour la Mauritanie autre que le consensus dans la gestion des enjeux majeurs du moment, c’est-à-dire la transition. Quel piètre partenaire que celui qui choisit de se transformer en laudateur ! Il n’en a jamais été ainsi pour l’UFP, il n’en sera jamais. Mus par les intérêts suprêmes de notre peuple, nous sommes disposés, à participer à la recherche de solutions consensuelles aux préoccupations majeures des Mauritaniens, sur la base de l’indépendance et du respect, de l’expression libre de nos points de vue.

MFO : Une dernière question. Où en sont vos rapport avec les autres partis de l’ancienne opposition ?
BmB :
Nous continuons à entretenir de bons rapports bilatéraux avec les uns et les autres. Cependant, depuis le coup d’Etat, nous tentons, vainement, avec le PCDM et le Front Populaire, de les réunir tous pour définir une position commune minimale, face aux événements et par rapport au programme et mesures de concertation pour la transition qui s’ouvre. Force est de constater, qu’ils rechignent à répondre à notre sollicitation, et qu’ils prennent des déclarations dans lesquelles ils soutiennent le nouveau régime, sans se soucier de la nécessité d’un consensus minimal, encore moins des exigences de la concertation pour une gestion partagée de la transition. En se comportant ainsi, ils signent, pratiquement, un chèque en blanc au nouveau régime ! C’est une lourde responsabilité historique qu’ils prennent, s’ils ne se ressaisissent pas, en reprenant le chemin de la concertation et du dialogue avec l’ensemble des acteurs de la vie publique du pays.



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