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- Interview de Mojamed Khouna Ould Haidalla à La Tribune


Mohamed Khouna O. Haidallah à La Tribune : "Eli Mohamed Val est un grand officier de cette armée… C'est quelqu'un qui n'a pas de problèmes avec le peuple"

L'homme qui avait été renversé en 1984,

a accepté de répondre à nos questions au lendemain du putsch.

La Tribune: Quelle est votre réaction après le coup d'Etat mené par les militaires ? O. Haidallah : Par principe je suis contre la prise du pouvoir par la violence, parce que j'ai été victime d'un coup d'Etat en 1984, mais je reconnais que ce coup d'Etat était salutaire pour le peuple mauritanien et le pays.

L.T : Est-ce parce que vous avez été renversé par O. Taya en 84 que vous êtes content ? Haidalla : Non ce n'est pas pour cela. Je suis content parce que j'avais peur pour mon pays : la situation était bloquée, on ne savait vraiment pas comment les choses allaient évoluer. Je crois, comme je l'ai dit, que ce coup est salutaire pour le pays et pour le peuple. C'est pourquoi nous sommes contents.

L.T: Certains pensent que vous êtes derrière les putschistes, est-ce vrai ? Haidalla: Pas du tout, je n'ai eu aucun contact avec eux, je n'y suis pour rien.

L.T : Maintenant les putschistes vous ont-ils appelé ? Haidalla: Non, ils ne m'ont pas appelé.

L.T. : Les putschistes ont désigné Eli Ould Mohamed Val, président du conseil militaire pour la justice et la démocratie, qu'est-ce vous en pensez? Haidalla: Eli Ould Mohamed Val est un grand officier de cette armée, qui a été très tôt, l'un des plus proches collaborateurs du président Maouya ; il l'a servi et était très proche de lui , mais malgré tout, je parle en connaissance de cause, il a gardé de très bonnes relations avec lui, il a été accessible à tout le monde, moi même lorsque j'étais boycotté par toutes les autorités, j'avais des contacts avec lui pour mes problèmes de la sûreté et autres. C'est quelqu'un qui n'a pas de problèmes avec le peuple. Il est vraiment acceptable. Il a toutefois un handicap : il a appartenu à l'ancien régime à travers lequel une partie de la population voit toujours des jours sombres. Mais je crois que dans l'ensemble c'est quelqu'un d'acceptable.

L.T : Pensez-vous qu'il y aura un changement réel du système politique, ou une continuité ? Haidalla : C'est difficile de répondre à cette question. Ce que je souhaite c'est qu'il y ait vraiment un changement, une rupture totale avec les anciennes méthodes, qu'il y ait des réformes sérieuses, profondes pour l'avenir du pays.

L.T: Eli Ould Mohamed Val était le directeur de la sûreté nationale, pendant 20 ans, certains mauritaniens pensent que c'est lui qui serait responsable du comportement dur des policiers avec des taximen et autres simples citoyens. Pour cela certains ont peur de lui. Qu'est-ce -que vous en dites ? Haidalla : Écoutez, je vais vous dire ce que je pense personnellement. Tous les auteurs du putsch ont été proches de Maouya et je suis sûr qu'ils n'ont pas fait ce coup d'Etat parce qu'ils ont des problèmes avec Maouya ou qu'ils le détestent ou autre. Ils l'ont fait parce qu'ils ont compris que la situation exigeait un changement. Sinon le pays allait vers le gouffre, alors ces gens sont obligés de changer de cap en faisant le coup d'Etat. C'est qu'ils vont changer la direction qui était prise dans la façon de gérer le pays. J'en suis sûr, c'est ma pensée profonde.

L.T: Les putschistes promettent de donner le pouvoir aux civils dans deux ans. Ce n'est pas trop? Haidalla : Comme je viens de le dire à RFI, pour ceux qui aspirent à une vie démocratique libre, c'est peut-être trop à première vue ; mais quand on pense un peu à la situation actuelle du pays, au délabrement de l'administration, de l'état-civil, aux problèmes des populations et à la crise économique, ce délais est raisonnable si on veut vraiment organiser des élections transparentes et vraies. Mais je souhaite que le délais, court ou long, soit négocié avec tous les acteurs politiques.

L.T : Vous étes prêt à travailler avec les putschistes s'ils ont besoin de vous? Haidalla : Vous savez, moi j'ai fait mon temps et je sais ce que c'est. Vraiment je ne suis pas prêt à prendre une charge si la situation ne m'y oblige pas.

L.T : Si la population se mobilise pour vous réclamer à la magistrature suprême, allez-vous accepter ? Haidalla : Je ne veux pas pour le moment répondre à cette question.

L. T : Comment voyez-vous de l'avenir du pays et celui de Maouya? Haidalla : En ce qui concerne Maouya, tout ce que je dirai de lui va certainement être interprété puisque j'ai été victime de son coup d'Etat en 1984. Je ne souhaite pas avoir l'air de l'accabler. Pour l'avenir du pays, je souhaite que le nouveau système, crée de nouvelles conditions favorables à une unité nationale en libérant tous les prisonniers et en faisant recours à l'amnistie pour permettre à ceux qui sont à l'extérieur de rentrer et d'entamer rapidement des réformes profondes afin de redresser l'administration en luttant contre la corruption, les inégalités sociales et surtout et avant tout, de créer des conditions propices à l'unité nationale pour permettre aux réfugiés de rentrer.

L.T : Le président sénégalais aurait demandé à Ould Taya de venir à Dakar. Qu'en pensez- vous? Haidalla : Je ne souhaite pas qu'il soit ainsi, puisque le Sénégal est tout près de la Mauritanie, cela risque de créer des problèmes entre deux pays frères qui n'ont pas besoin de cela.

Propos recueillis par Mamadou SY


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