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Réaction de Bâ Bocar Moussa à l'article de Khalilou Diagana : "Les élections d'abord, l'unité nationale après".
Bonjour Khalilou, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article : "Les élections d'abord, l'unité nationale après". Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir publier dans vos colonnes ma modeste réaction à cet article. Je vous en remercie d'avance.
Les jugements portés sur le comportement des partis politiques par rapport au CMJD me semblent abusifs, en particulier en ce qui concerne l'UFP. Notre parti, tout en soutenant l'orientation du CMJD et ses propositions pour la transition n'a pas manqué de marquer ses différences et d'exprimer publiquement ses réserves quant il le fallait. Permettez quelques exemples : 1. D'abord l'organisation de la concertation : Il suffit de visiter notre site, de consulter les interviews que nous avons accordées aux journaux, dont NI, par l'intermédiaire de Khattat, pour s'en rendre compte. Nous avons invariablement appelé à la concertation, en l'opposant aux desseins de consultation qui nous semblaient ressortir des suggestions et pratiques du CMJD et du gouvernement. A cet effet, nous avons proposé la mise en place d'une commission nationale de concertation comprenant les représentants des partis politiques, ceux de la société civile, du CMJD et du gouvernement. Nous avons, sous diverses formes, continué à exprimer ce point de vue. Il est vrai que nous n'avons pas été suivis et que le tort en revient essentiellement aux autres formations politiques. Vous auriez pu le mentionner. 2. Le traitement du passif humanitaire : Nous avons estimé que la question est essentielle et proposé qu'au cours de la transition les aspects relatifs aux conséquences et aux séquelles des événements de 1989-1991, puissent être traitées : organisation du retour des réfugiés, questions relatives aux fonctionnaires et militaires victimes de tueries et autres formes de répression, etc. Par contre, nous avons suggéré que la redéfinition des rapports de coexistence entre les communautés mauritaniennes soient traitée au lendemain de la transition. Nous avons également estimé que la constitution pouvait et devait subir des modifications limitées à la durée et au nombre des mandats mais qu'il n'était pas opportun d'envisager une révision constitutionnelle en profondeur au cours de la transition. Pourquoi ces positions, fondamentalement différentes de ce que vous suggérez dans votre article ? 3. Pour la redéfinition des rapports entre nos communautés : C'est une question déterminante pour l'avenir de la Mauritanie. Tout Mauritanien soucieux de son traitement adéquat devrait faire preuve de beaucoup d'esprit de responsabilité pour l'envisager dans la sérénité, dans des conditions qui permettent l'expression libre et démocratique des approches différentes, voire opposées, l'adoption de décisions suffisamment mûries en prenant le recul et le temps nécessaires, et, par dessus tout, emportant l'adhésion consciente de la grande majorité des citoyens de l'ensemble des communautés. Convenez avec moi qu'on ne peut pas demander une transition limitée et envisager le traitement de questions qui exigent le temps et le recul nécessaires par des structures suffisamment représentatives des populations, à la fois au niveau national et local. Je comprends bien la crainte de certains citoyens, en particulier négro-africains, qui ne voudraient pas, la transition dépassée, voire la majorité des acteurs, en particulier arabes, s'en détourner par des manoeuvres dilatoires. C'est pour prendre en compte ce souci et rassurer ceux qui le nourrissent que l'UFP a proposé aux acteurs politiques de prendre l'engagement public et solennel de traiter de cette question parmi les enjeux majeurs au lendemain de la transition. Nous avons solennellement pris, quant à nous, au nom de notre Parti, cet engagement public. Si je comprends vos assertions quant à l'exigence pour les autres acteurs politiques d'en faire autant, vous auriez au moins dû mentionner notre singularité pour éviter d'être abusif dans vos jugements. Convenez avec nous, également, qu'au cours d'une transition limitée dans le temps, des questions aussi importantes ne peuvent être discutées et mener à des conclusions emportant l'adhésion de la majorité avec toute la sérénité nécessaire. En effet, si la question interpelle au premier chef l'élite, son traitement ne pourrait s'arrêter à elle seule : c'est une exigence fondamentale que l'ensemble des citoyens y prennent part et exercent leur part de responsabilité. Par ailleurs, il me semble que vous n'avez pas raison d'affirmer : "... ils ont avalisé, accepté un rapport qui, dans l'ordre des priorités, fait passer 'les questions relevant du processus démocratique', les élections, avant l'unité nationale". En effet, vous confondez, me semble-t-il, les enjeux majeurs pour la Mauritanie au XXIe siècle et les priorités pour la transition. Parmi les enjeux majeurs de la Mauritanie pour une longue période figure la question de la cohabitation entre les communautés qui la composent, par contre le traitement des séquelles des événements de 1989 devrait figurer parmi les priorités de la transition. L'enjeu majeur cité ne saurait être considéré, en aucun cas, comme l'une des priorités pour la transition. Procéder ainsi reviendrait, je le répète, à en traiter sans prendre le temps et le recul indispensables, en dehors des structures démocratiques nécessaires à sa résolution viable et durable, sans la sérénité requise - toutes choses qui risquent de mettre en péril l'unité du peuple mauritanien et l'existence du pays. Je sais, quant à moi, que vous ne souhaiteriez pas qu'il en soit ainsi. Vous avez donc raison d'envisager le traitement des conséquences des événements de 89 et du passif humanitaire au cours de la transition mais tort de vouloir mettre à l'ordre du jour de la même transition les enjeux majeurs qui se posent à notre pays pour une longue période. 2. De la révision de la Constitution : C'est un enjeu fondamental pour notre pays, qui va au-delà de ce que la majorité de notre intelligentsia en pense. En effet, quant on observe le monde dans son ensemble, on se rend compte que les pays et les peuples d'Europe, d'Amérique du Nord, d'Asie orientale ont résolu, fondamentalement, la question de la mise en place de modes de gouvernance viables et durables pour la production et la répartition (plus ou moins équitable) des richesses nécessaires à leur existence. Ce n'est pas le cas pour la majorité des pays et des peuples africains et musulmans (à l'exception de la Turquie et de l'Iran). Si les premiers pays sont parvenus à de tels résultats c'est parce qu'ils ont procédé d'une démarche double : s'enraciner dans leurs valeurs et leurs cultures propres, tout en s'ouvrant à l'enrichissement de l'expérience des autres peuples, en particulier en acclimatant les lois fondamentales de l'économie de marché à leurs situations spécifiques. En Afrique et dans la majorité des pays musulmans, la démarche a consisté, jusqu'à présent, à tenter de forcer une greffe sans aucune considération pour les cultures et civilisations en présence, en particulier les règles, les pratiques et les institutions en lesquels la majorité des citoyens se reconnaissent. De là l'origine des drames que vivent les pays et peuples du Moyen Orient (en Palestine et en Irak en particulier). Ainsi, également, en Mauritanie, la majorité des citoyens ne se reconnaissent pas encore dans les partis politiques, ni dans le suffrage universel. Que faire alors ? La réponse exige des débats en profondeur avec le recul et le temps nécessaires, en s'appuyant sur des institutions représentatives. Voici donc pourquoi, envisager la révision de la Constitution en profondeur sur des questions aussi essentielles pourrait conduire dans des marécages mortels pour la transition. Là également, il s'agit de ne pas confondre les enjeux majeurs pour la Mauritanie au XXIè siècle et les priorités de la transition. J'ai toujours du plaisir à vous lire, y compris de loin à travers le cyberespace. Merci de verser cette modeste contribution aux débats sur la transition dont votre journal se fait l'écho. Boubakar Moussa BÂ Processus de transition : Les élections d'abord, l'unité nationale après Nouakchott infos N° 877 du lundi 14 novembre 2005
Au lendemain du 3 août, il s'est posé à l'ensemble des mauritaniens et à leur classe politique la question suivante : Faut-il s'attaquer pendant la phase transitoire, à l'ensemble des problèmes pendants ou mettre à profit cette période uniquement pour préparer les conditions d'élections transparentes ? Trois mois après le coup d'Etat, tout porte à croire que c'est la deuxième solution qui a été choisie. Fort de la légitimité tirée du coup d'arrêt donné aux 21 ans de "pratiques totalitaires", le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, "numéro 1 bis "du pouvoir qu'il a déboulonné, a pris l'engagement, au lendemain du 03 août, de jeter les bases d'une démocratie véritable en Mauritanie pour éviter le chaos. Moins d'une semaine après son coup d'Etat, le Président du CMJD a convoqué toute la classe politique au palais présidentiel. Au cours de cette rencontre, il a pris l'engagement de remettre le pouvoir à un gouvernement civil démocratiquement élu au bout de deux ans de transition. Il aussi fait, essentiellement, trois promesses : la création d'une CENI, la réduction de la durée et du nombre des mandats du Président de la République. Les partis politiques, avec le départ de Taya et a perspective de la satisfaction de leurs revendications électoralistes vieilles de 14 ans, ont applaudi et approuvé. Dans la foulée de cette rencontre, des comités interministériels chargés de la transition ont été mis en place et il a été promis aux partis politiques que tout se fera en concertation avec eux. Premiers couacs, ils n'ont pas été associés aux travaux ayant abouti à la rédaction des rapports provisoires des omîtes interministériels. Cette couleuvre vallée, il leur a été promis de discuter de DUS les problèmes économiques, politiques t sociaux de la Mauritanie pendant les journées nationales de concertation. Et, effectivement, en ce qui concerne le comité char-è du processus de transition, pendant les journées. les participants ne se sont pas limités au cadre fixé par le CMJD. Ils sont lés au-delà des reformes constitutionnelles prévues et se sont quasi unanimement félicités de la franchise des débats. Seulement, à la lecture du rapport général des travaux du groupe thématique "Processus de Transition Démocratique" on se demande s'il ' y a vraiment de quoi pavoiser. Il est écrit dans ce rapport "qu'en ce qui concerne les réformes à apporter, les participants reconnaissent que dans le cadre de la période actuelle, le gouvernement de transition devrait se limiter essentiellement aux questions relevant du processus démocratique de notre système politique, laissant la résolution des problèmes fondamentaux de notre société à un gouvernement démocratiquement élu et s'inscrivant dans le long terme." Ainsi, il est, d'entrée, dit dans ce rapport que" la résolution des problèmes fondamentaux de notre société "ne fait pas partie des priorités de la transition. Le plus fondamental de ces problèmes fondamentaux, c'est celui de l'unité nationale, de la coexistence entre les différentes communautés de notre pays. Si tous les partis politiques clament leurs satisfactions et approuvent les rapports issus de ces journées nationales de concertation, on ne peut s'empêcher de penser qu'ils ont avalisé, accepté un rapport qui, dans l'ordre des priorités, fait passer" les questions relevant du processus démocratique", les élections avant l'unité nationale. Il aurait été intéressant de demander aux mauritaniens s'ils veulent la démocratie d'abord et l'unité après ou l'inverse. Cette question a été posée aux partis politiques censés nous représenter, censés parler pour nous. Seulement, ils ont donné l'impression d'avoir été tétanisés par la perspective d'élections transparentes. Il serait exagéré de leur reprocher, comme le font certains, une instrumentalisation du passif humanitaire, des déportés et de l'esclavage. Seulement, on s'attendait à ce qu'ils fassent de la prise en compte réelle de ces problèmes pendant la transition, le préalable de leur soutien au CMJD. On s'attendait à ce qu'ils élèvent la voix pour dénoncer le renvoi de ces problèmes déterminants de l'avenir de notre pays à la période d'après transition. Ils ne l'ont pas fait et leur silence est fort troublant. Seule consolation, pendant les journées nationales de concertation, il a été permis aux représentants des partis politiques de faire état de toutes leurs préoccupations, tout en sachant qu'elles ne seront pas prises en compte. Il est en effet écrit dans le rapport qu'en dépit de la limitation des propositions aux processus démocratique, il leur est permis d'exprimer leurs opinions sur "les principaux débats traversant notre société" sur certaines réformes électorales et sur certaines propositions de nature juridique et institutionnelle, qui leur paraissent particulièrement importants.
Maigre consolation! Ainsi, pour les principaux débats de société, ils ont proposé "le traitement de la question du passif humanitaire dans un esprit de justice, de vérité, de tolérance et de pardon en vue de dépasser cette question particulièrement douloureuse et préjudiciable à la concorde nationale." Quant aux réfugiés, il est écrit "qu'ils doivent revenir à la mère patrie et être réintégrés dans leurs droits légitimes." A la lecture de ce qui précède, on ne peut s'empêcher de nous demander où se trouvaient les partis politiques tenant du "retour organisé des déportés". Cette vision du règlement du problème de ces réfugiés n'est pas très loin de celle exprimée par le Premier ministre au cours de sa récente conférence de presse. Interpellé sur la question, il a affirmé : "il n'y a pas de raisons que des mauritaniens puissent continuer à vivre è l'extérieur et à réclamer des droits alors qu'ils peuvent revenir et les réclamer dans leur pays, comme l'a dit le Président du CMJD." Imaginez un instant que les dizaines de milliers de réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali débarquent la semaine prochaine chez eux et réclament leurs pièces d'état civil, leurs maisons, leurs terres, leurs arriérés de salaires... Au sujet de l'esclavage, il est écrit qu'il "convient que l'Etat prenne l'ensemble des mesures nécessaires pour traiter tous les problèmes résultant de cette pratique et des conséquences préjudiciables à la société." Au sujet des propositions "de nature ou à incidence électorale "il est noté dans le rapport, entre autres, l'adoption intégrale ou partielle du système de représentation proportionnelle, l'adoption d'un régime parlementaire ou le rééquilibrage des pouvoirs entre le Président de la République et le Premier ministre. Ces questions sont, selon le rapport," digne d'intérêt voire d'intérêt fondamental "mais renvoyées à l'après transition" en raison de leur complexité". Il a été jugé dans le rapport que seuls peuvent être retenus, en raison de la simplicité de leur mise en œuvre dans l'immédiat, les points suivants : L'introduction du système de la représentation proportionnelle dans les circonscriptions et pour des mandats supplémentaires, l'examen diligent de la situation administrative des réfugiés déjà rentrés au pays Interpellé sur l'éventualité de la participation des mauritaniens de l'étranger et la réflexion sur une nouvelle loi sur I presse.
Concertation ou consultation ? Les autres questions sont relatives aux propositions de départ du CMJD contenues dans les rapports provisoires des comités interministériels. Il s'agit de la durée et du nombre des mandats du futur Président de la République, du nouvel article 103 de la CENI et du calendrier électoral. Ainsi, à l'issue des journées nationales de concertation, essentiellement, trois points [la proportionnelle dans les circonscriptions et certains mandats supplémentaires, la situation administrative des réfugiés rentrés au pays et la réflexion sur une loi relative à la presse) ont été ajoutés aux propositions de départ du CMJD dans le rapport générai des travaux du groupe thématique "processus de transition démocratique". Compte tenu de la solennité, de la publicité ayant caractérisées ces journées, compte tenu de l'engouement et de l'espoir qu'elles ont suscité, force est de reconnaître que ce bilan n'est ni positif, ni mitigé. Il est d'une effroyable maigreur. A l'arrivée, il ne serait pas exagéré de dire qu'il n'y a pas eu concertation. Celle-ci suppose la recherche de solutions concertées, discutées d'un commun accord. Ce n'est pas ce à quoi on a assisté Ce à quoi on a assisté peut se résumer ainsi : le CMJD a pris le pouvoir. Il a fait des propositions qui ont été acceptées par les partis politiques. Ces derniers ont été plus que " les dindons de la transition ". Ils ont joué le rôle de certaines institutions consultatives dont l'avis peut être pris en compte ou rejeté. Comme le leader du Front Populaire, Cbih Ould Cheikh Mélainine, certains partis politiques diront que "le passif humanitaire, les déportés et l'esclavage" seront leurs priorités dans le cas où ils auraient à présider aux destinés des mauritaniens. Pour ce faire, il faudrait d'abord gagner les élections futures. Ce qui est loin d'être acquis. Il n'est donc pas exclu que certains rechaussent leurs godasses d'opposants après la transition pour revenir à la charge avec les mêmes doléances, celles rabâchées pendant les pires moments de la "démocratie d'exception" des années Taya. Khalilou B. Diagana |
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