|
| ||||||||||
| - HORIZONS n° 4149 (23 janvier 2005) - HORIZONS n° 4058 (9-10 et 11 septembre 2005)
HORIZONS N° 4149 DU LUNDI 23 JANVIER 2006 GRANDE INTERVIEW
LE PRÉSIDENT DE L'UFP À HORIZONS : "L'UFP doit être à l'avant-garde des forces de progrès"
M. Mohamed Ould Moloud, Président de l'UFP a rencontré HORIZONS. Dans cet entretien exclusif, il parle de son parti, de ses choix politiques et idéologiques, de la décision prise par l'UFP de se présenter aux prochains scrutins sous son propre étendard et du problème crucial de l'éducation nationale. Interview.
HORIZONS : L'UFP a évolué dans son discours. A l'engagement révolutionnaire vous semblez préférer maintenant des attitudes plutôt centristes. Alors comment définir l'UFP aujourd'hui ? M. Mohamed Ould Moloud : L'UFP est un parti national, ouvert à toutes les forces vives du pays, qui souhaitent la promotion d'un projet de société visant l'émergence d'un Etat national solide où l'ensemble des composantes ethniques et régionales se retrouvent. Car à nos yeux, l'unité nationale n'est pas un à priori, un acquis définitif. C'est un combat de tous les jours. C'est quelque chose qui est toujours à consolider car il peut être détruit. Mais notre projet est aussi un projet social. Il s'agit pour nous de se libérer des pesanteurs du passé afin d'exploiter au mieux tous nos atouts, de libérer nos énergies, de travailler ensemble dans une parfaite synergie. Nous sommes donc favorables à la promotion de la femme, à sa présence sur tous les terrains, sur tous les plans. Pour nous, la promotion des femmes est un signe d'évolution sociale. Nous oeuvrons aussi pour l'évolution des classes laborieuses, celles en particulier qui étaient asservies et celles aussi vivant en situation salariale. Car les salariés, ne l'oublions pas, vivent une situation difficile, car leurs revenus ne leur permettent pas de vivre décemment. C'est un problème de progrès social auquel il faut faire face. Il faut aussi combattre avec force contre les tares sociales, les séquelles de l'esclavage, la persistance des pratiques abjectes d'antan et cela par l'enseignement, l'accès aux services sociaux de base, l'information. N'oublions pas que certaines pratiques survivent à cause de l'ignorance, de la méconnaissance de la loi, du manque d'information sur les possibilités de liberté et les possibilités aussi de survie, même pour les exploiteurs qui, pour certains, sont également pauvres. Tout cela s'inscrit pour nous dans le cadre du progrès social, un progrès qui doit intéresser toutes les couches sociales, pas seulement les travailleurs. La bourgeoisie nationale doit, elle aussi, être encouragée, protégée contre la domination du capital international pour pouvoir compétir sur le marché national et à l'extérieur. Ce n'est pas donc un recentrage de nos positions ultérieures que nous avons entrepris à l'UFP. C'est plutôt une actualisation de nos idées par rapport à un monde qui a changé et des problèmes qu'il faut apprendre à prendre en charge.
HORIZONS : L'UFP n'est donc plus ce qu'on appellerait un parti de gauche ? M. Mohamed Ould Moloud : Je pense que cette classification "gauche centre droite " n'a pas de pertinence en Mauritanie, qu'elle conviendrait peut être à l'hémisphère européen mais pas à un pays comme la Mauritanie. Je pense qu'ici la distinction entre forces de progrès et forces conservatrices serait plus pertinente. Nous voulons que l'UFP soit à l'avant-garde des forces de progrès, cela veut dire pour nous prendre partie pour les couches majoritaires, les défavorisés, cela veut dire promouvoir les conditions de vie des mauritaniens. Encore une fois, nous sommes un parti national, patriotique, qui veut la sécurité et la paix pour le pays, tous sentiments que nous partageons d'ailleurs avec d'autres formations politiques nationales.
HORIZONS : Et pourtant vous êtes généralement considérés comme un parti de cadres, d'universitaires, d'intellectuels, pas comme un parti de masse ? M. Mohamed Ould Moloud : Comment peut-on juger de la popularité d'un parti ? Par ses scores électoraux, bien sûr ! Car les meetings ici, vous savez, entraînent beaucoup de badauds et ne sont nullement des critères de popularité. Regardons plutôt le palmarès électoral de l'UFP. IL y a 4 ans, aux dernières élections, l'UFP a arraché, et en solo, 5 communes au PRDS. Nous avons gagné à Boghé (quel enjeu !), Barkéol (ce n'est pas peu) et trois autres communes rurales habitées par des paysans : Takobra, dans le département de M'Bout, Meitt, dans le département de Mounguel que nous gardons et Ould Birem dans le département de Boghé. Qu'est donc le peuple s'il n'est pas à Boghé, à Barkéol, à Meitt, à Takobra et à Ould Birem ? Dans cette bataille de 2001, nous avons aussi réussi à arracher trois députés dont 2 gagnés au scrutin majoritaire. C'était une première parce que le PRDS n'avait jamais été battu au scrutin majoritaire. Et nous n'avons pas gagné avec des cadres. Nous avons gagné avec des voix. Et à Nouakchott dans les municipales, nous étions présents dans les neufs départements, nous avons enregistré un score honorable, nous avons récupéré nos cautions et popularisé notre message. L'UFP possède, cependant, heureusement beaucoup de cadres. Cependant, cette présence importante de cadres, à Nouakchott surtout, ne doit pas faire oublier que nous sommes présents dans toutes les capitales régionales, que nous avons des sections dans les principaux arrondissements du pays. Ce qui n'est pas donné à tous les partis.
HORIZONS : Pour la première fois, vous vous êtes déclaré candidats aux élections présidentielles... M. Mohamed Ould Moloud : Ce dont il s'agit, c'est d'abord d'une résolution du Bureau National de l'UFP qui, en sa session du 4 et 5 janvier, a décidé que notre parti, à l'avenir, défendra lui-même son programme aussi bien au niveau des municipales, des législatives que des présidentielles. Evidemment, c'est une stratégie déterminée longtemps à l'avance, c'est une orientation générale. Elle doit donc nécessairement être connue par les militants du parti, ses sympathisants, ses alliés, ses amis. Les dirigeants du parti ont, au cours d'une conférence de presse (où je ne participais pas), explicité cette proposition : défendre soi-même son programme, c'est aussi présenter le président du parti aux élections présidentielles. Cela m'amène donc, personnellement à me préparer, à m'engager dans cette perspective. Mais il faut tout de même dire que la décision finale appartiendra au Conseil National extraordinaire et au congrès quand ils se réuniront pour l'investiture officielle. Je dois cependant ajouter que nous ne considérons pas que le fait que nous ayons décidé de se présenter soit un quelconque obstacle à une possibilité d'unité électorale ou politique avec les forces qui partageraient avec nous les mêmes orientations. L'expérience a bien démontré qu'on peut se présenter et chercher alliance avec d'autres formations. A cette occasion, j'appelle tous les partis qui veulent compétir aux futures élections à s'entendre sur un cadre de bonne conduite pour préserver la transition et garantir l'avènement d'un régime démocratique stable. Nous appelons aussi à un front des forces de changement démocratique qui pourra remporter les élections communales et législatives et se mettre en bonne position pour remporter les présidentielles.
HORIZONS : Et quel projet portez-vous pour les présidentielles ? M. Mohamed Ould Moloud : Vous savez, aujourd'hui, les programmes politiques se confectionnent rapidement et se ressemblent. Pour s'éloigner de cette approche de facilité, je dirais que l'UFP a l'ambition de prendre en charge les problèmes du pays, et d'abord ceux qui nous paraissent les plus importants, celui de l'unité nationale et celui du grave héritage, en termes économiques et institutionnels, de l'ancien régime. Ces legs désastreux posent un problème sérieux pour l'avenir du pays. Il existe également un problème de positionnement dans les relations internationales et ceci aussi bien à l'échelle régionale que dans nos rapports avec les grands acteurs de la scène mondiale. L'UFP, face à toutes ces questions a développé une réflexion sérieuse qu'elle continuera à approfondir. Par rapport à la question de l'unité nationale, nous pensons déclencher un véritable processus de réconciliation nationale. Certes, une dynamique a été lancée en ce sens depuis le 03 août à travers la concertation, les forums, les débats. Nous comptons approfondir ce mouvement, l'amplifier et surtout apporter des solutions, remédier rapidement, de manière claire et nette aux grandes souffrances des victimes, des réfugiés, des veuves, des orphelins, des fonctionnaires qui ont perdu leur travail. Nous pensons que l'Etat qui est à l'origine de ce désastre doit assumer ses responsabilités, débarrasser le pays de ce fardeau, libérer enfin nos énergies pour que nous puissions vraiment nous consacrer à l'avenir. Car tant qu'il n'y aura pas réconciliation nationale, nous resterons rivés sur le passé, inhibés dans notre élan, incapables de faire face aux problèmes du moment. Il faut donc, rapidement, se libérer de ce fardeau. Nous proposons de commencer par se pencher sur les solutions qui ont été proposées ailleurs, en Afrique du Sud par exemple et aussi surtout au Maroc voisin. Il faut réhabiliter les victimes, dans un esprit de construction nationale et aussi de réconciliation. Je crois que le Maroc aujourd'hui, après 2 années de commission équité et réconciliation est plus fort, plus uni, plus libéré de son passé. Pour ce qui est du legs de l'ancien régime, nous pensons que le pays a besoin de voir les choses remises à l'ordre, sérieusement, en toute transparence, sans esprit de règlement de comptes. Nous croyons qu'il faut distinguer entre les effets de l'anarchie généralisée qui prévalait et la définition nécessaire d'une stratégie de politique d'assainissement et de redistribution économique qui doit faire l'objet d'un examen spécifique. Pour les secteurs vitaux, les industries extractives, le pétrole, bien sûr mais aussi la SNIM, la MORAK, le secteur bancaire, les ministères liés aux grands projets de développement économique et social, nous pensons que tout cela doit d'abord faire l'objet d'un audit. Cet audit doit être réalisé par la Cour des comptes, une Cour dont nous ne comprenons pas pourquoi elle a été jusqu'ici marginalisée. Elle doit être réhabilitée, et elle doit pouvoir se pencher sur les zones d'ombre, sur toutes ces affaires qui éclatent dans les secteurs du pétrole, de la BCM, de la pêche, de la MORAK etc. Toutes ces affaires doivent être élucidées, portées devant l'opinion publique. Nous avons le droit de savoir ce qui a été fait de nos ressources. Nous avons besoin de lumières pour identifier les failles, les pillages, les mauvaises gestions et conserver pour l'avenir ce qui reste. Nous devons également savoir afin de pouvoir mettre définitivement hors de cause cette majorité de cadres de valeur qui n'ont en rien, participé au gâchis. Car il est aujourd'hui plus important, à mes yeux, de disculper la majeure partie de notre élite que d'accuser quelques uns. Nous ne voulons pas de cette confusion où tout le monde est accusé, probablement à tort. Il faut distinguer clairement la poignée de responsables qui est à l'origine des gabegies. Nous avons besoin urgemment d'une opération d'assainissement transparente afin d'installer les bases d'une économie éloignée du libéralisme sauvage auquel nous assistons.
HORIZONS : Et quel genre donc d'économie, pensez-vous à l'UFP ? Vous ne semblez pas être favorables à l'économie libérale ? M. Mohamed Ould Moloud : Nous sommes, comme je l'ai dit, opposés au libéralisme débridé, sauvage, qui annihile tout simplement ces effets heureux du libéralisme que peuvent devenir, par exemple, la concurrence loyale et la bonne qualité des produits. Nous pensons que la place doit être à un libéralisme positif, qui donne le champ à l'initiative privée, partout où elle peut contribuer à l'œuvre d'édification nationale. Le libéralisme positif est également celui qui accepte l'intervention de l'Etat pour protéger notre jeune industrie, notre agriculture, nos opérateurs économiques contre la concurrence déloyale étrangère. L'Etat doit donc intervenir partout où l'initiative privée est désintéressée ou n'est pas suffisamment outillée. Il doit aussi s'assurer du monopole de domaines vitaux que sont les mines, l'eau, l'électricité, et les secteurs sociaux de base comme l'éducation et la santé. Voilà notre conception du rôle de l'Etat.
HORIZONS : Il y a un domaine sur lequel nous aimons ici, à chaque fois insister : celui de l'école. Quelle politique l'UFP prône-t-elle dans ce domaine vital ? M. Mohamed Ould Moloud : C'est une question prioritaire. L'école mauritanienne est en ruine. L'école publique se meurt. Les écoles privées sont dans la même situation. Aujourd'hui l'éducation de nos enfants est assurée non pas par les écoles ou les parents, mais par la rue et par les mauvais produits culturels importés. A l'UFP, nous connaissons bien ce problème car nous sommes un parti d'enseignants. Ce secteur a souffert d'improvisations, de réformes improvisées. Il a été trituré par toutes sortes d'errements qui ont sacrifié des générations entières pour des raisons inacceptables, parfois tout simplement pour des raisons diplomatiques. En 1999, la réforme avait pour fondement des préoccupations diplomatiques. Il fallait introduire le français sans savoir pourquoi, sans avoir l'adhésion des acteurs, il fallait seulement l'introduire. En 1980, il y a eu certes concertations, mais la réforme avait pour seuls objectifs, des objectifs politiques : calmer l'école. Aucune réforme n'a jamais été bien préparée, bien étudiée, avec les enseignants, les parents d'élèves, les techniciens de l'éducation, une réforme bien mûrie à l'avance avant d'être introduite. A l'UFP, nous proposons la tenue d'états généraux de l'éducation afin de redresser l'école mauritanienne. Évidemment, l'école publique est, à nos yeux, le vecteur principal de l'éducation en Mauritanie. Il faut organiser l'école, il faut qu'il y ait plus de formation pour les enseignants, plus de salles de classe. Il faut surtout que la fonction d'enseignant soit réhabilitée, qu'un enseignant puisse vivre de son salaire et ne pas verser dans l'absentéisme. A travers les états généraux, nous pourrons, je crois, faire réconcilier l'école avec notre culture. Car depuis 99, nous sommes en train de promouvoir une approche doctrinaire fondée sur la mondialisation et qui nie notre culture et le rôle qu'elle peut jouer dans notre développement. C'est une fausse approche, car un peuple ne peut se réaliser que dans sa langue, sa culture, tout en s'ouvrant bien sûr au monde. Mais il ne peut y avoir de développement s'il y a rupture entre le peuple et l'élite. C'est pourquoi, il faut que l'éducation se fasse dans les langues nationales ! Ce ne peut être un obstacle ni à l'acquisition des langues étrangères ni à la poursuite de l'enseignement dans ces langues. Le problème de la réforme de 1980 ce n'était pas l'arabisation, celle-ci était mauvaise, comme l'était l'enseignement en français. Et les élèves, à la fin, ne connaissaient aucune langue. Il faut examiner l'expérience des pays émergents. Quelles langues emploient-ils en Corée, en Inde, en Malaisie, au Pakistan ? Eh bien, leur propre langue, pas une langue étrangère. Nous devons comprendre qu'une langue qui meurt, c'est une culture qui est détruite et nous ne devons pas produire une élite éloignée de notre culture et de nos valeurs. Il faut bien sûr rester ouvert à toutes les cultures, surtout à l'espace qui nous est proche, l'espace francophone et bien sûr également l'univers anglophone.
Interview accordée à HORIZONS n° 4058 (9-10 et 11 septembre 2005)
«Les choix du CMJD ont répondu à nos attentes»
M Mohamed Ould Moloud, président de l'UFP s'est entretenu, avec nous des grandes questions nationales : changement du 3 août, élections futures, bonne gouvernance, justice... Interview.
HORIZONS : Quelles appréciations faites-vous du changement intervenu le 3 août et du programme annoncé par le CMJD ? Mohamed Ould Moloud : Le changement intervenu le 3 août est très important. Il a créé une nouvelle situation politique en ouvrant un processus de transition qui aboutira à l'émergence d'institutions démocratiquement élues. Les objectifs et les axes annoncés recoupent, pour l'essentiel, les revendications de l'ancienne opposition. L'UFP a, comme vous le savez, mené depuis 1998 de grands efforts pour convaincre l'ancien Chef de l'Etat de la nécessité du changement et du lancement de réformes rendant possible l'alternance pacifique au pouvoir. En réalité, nous avons espéré après les élections de 2001, que l'ensemble de la classe politique, y compris le président déchu, se convaincra de la nécessité de cette orientation vitale pour la stabilité du pays. Mais des influences contraires ont fermé la voie à cette orientation. Cette position a engendré des situations fâcheuses, parmi lesquelles le blocage des horizons pour les acteurs politiques, ce qui a entraîné l'instabilité du pays depuis juin 2003. Bien sûr, nous aurions préféré que le changement aboutisse par la voie du dialogue, mais les choix du CMJD ont répondu à nos attentes. Nous n'avons jamais opté pour le changement par la force. C'est un principe qui découle de notre volonté de refuser tout ce qui peut nuire à l'intérêt et à la stabilité du pays. C'est pourquoi nous avons exprimé des réserves quant au mode d'accession au pouvoir, mais nous avons accueilli avec bienveillance, les options annoncées par le CMJD et que nous estimons capables de nous faire parvenir aux objectifs que nous nous sommes fixés et en particulier l'émergence d'institutions démocratiques, en concertation avec l'ensemble des forces politiques. Cependant, et malgré l'appréciation positive que nous portons sur les garanties offertes par le CMJD, nous voyons qu'il est nécessaire d'offrir des garanties supplémentaires pour que se stabilise la situation et pour qu'on parvienne aux objectifs voulus. Parmi ces garanties, nous citons en particulier la recherche constante de la concorde nationale, seule garantie à nos yeux du choix opéré par le CMJD. Seul le consensus national peut faire imposer, à l'intérieur et à l'extérieur, le programme prôné et ce consensus ne saurait se réaliser si on ne dépasse pas les problèmes qui se posent aujourd'hui au peuple mauritanien. Cela s'est réalisé partiellement avec la mesure d'amnistie. Nous espérons que cela se poursuivra par la résolution de tous les conflits qui opposent les mauritaniens. Cela ne nous parait pas impossible, cela nous parait au contraire facile, car il s'agit de questions purement mauritaniennes, et si elles sont traitées avec un esprit positif, en tenant compte de l'intérêt national, en respectant les droits, en ne lésant personne, en rendant à chacun ce qu'il a perdu dans des sombres circonstances, la nation s'en sortirait agrandie. D'autre part nous devons créer un consensus national particulièrement entre le CMJD et les forces politiques à propos des objectifs et de l'agenda de la phase transitoire. Ce consensus devrait être expresse et non implicite afin de dissuader tous ceux qui veulent profiter de la situation pour créer des problèmes. Ce consensus s'imposera à toute la société et à toutes les parties politiques. Il fermera la porte aussi bien aux militaires qui seraient tentés de dévier le cours de la période transitoire qu'aux politiques -et c'est le plus important- qui essayeraient de lui fixer d'autres objectifs que les siens. Ainsi, il nous parait que ce consensus est nécessaire pour tous les citoyens, car il permet l'accord minimum sur l'essentiel et trace les lignes rouges à ne pas dépasser. Je voudrais ajouter enfin que l'essentiel pour l'UFP est la création de conditions à même de nous faire traverser sans encombres cette étape dangereuse qu'est la période de transition. Il est essentiel également que notre peuple apprenne à régler ses problèmes politiques loin de la violence et des affrontements ethniques, raciaux ou autres. Quant à la mesure d'amnistie générale, nous nous en félicitons et la considérons comme un pas important sur la voie de la concorde nationale, concorde sans laquelle, je l'ai déjà dit, il ne saurait y avoir de vraie démocratie. HORIZONS : Le CMJD a crée un comité ministériel chargé du processus de transition démocratique. Quelle est, à ce sujet, la position de votre parti ? Mohamed Ould Maouloud : Cette question est importante car elle se rapporte à des garanties essentielles avancées par le CMJD aux acteurs politiques et qui démontrent son attachement au principe du dialogue avec les partenaires politiques. A l'UFP, nous nous félicitons de l'orientation prise concernant la neutralité du CMJD par rapport au jeu politique, entraînant sur cette voie appropriée l'administration. Cette position recoupe une vieille revendication de l'opposition. L'adoption du principe du dialogue est une forte garantie pour la réussite du processus démocratique et crée la confiance dans les cœurs de toutes les forces politiques, surtout si ce dialogue s'instaure entre les partis et le CMJD. J'estime que la création d'un comité ministériel qui s'occupe de toutes ces questions et recherche des solutions est une chose positive. Il importe seulement que ce comité prenne les choses en mains rapidement, car, en ce domaine, le temps ne pardonne pas, la politique a horreur du vide, et les partenaires politiques veulent connaître leur rôle et ne veulent pas devenir de simples spectateurs. Le Président du CMJD a présenté dans son dernier discours toutes les garanties en ce domaine. Nous croyons en sa sincérité, et avons exprimé solennellement notre soutien à ce discours. Il m'apparaît cependant qu'il existe quelques points sombres dans le travail de ce comité. Celui-ci doit en effet, après avoir étudié les problèmes posés, présenter un rapport au CMJD qui, après adoption, entamera l'étape de dialogue avec les forces politiques. Nous estimons que la bonne méthode serait plutôt que le comité interministériel tienne d'abord des discussions avec les partis politiques et sur la base de ces consultations, présente un rapport au CMJD. D'autre part, je ne crois pas qu'il soit vraiment difficile d'obtenir un consensus national sur les problèmes posés. Je ne pense pas que le délai de deux mois soit nécessaire, car la question posée est celle de la concertation à propos du processus de transition démocratique. Le processus de transition se divise en deux étapes. La première concerne les objectifs, et sur ce point les partis politiques s'accordent. La seconde concerne le calendrier et sur ce sujet il est facile de trouver rapidement un consensus acceptable. Et sur tous les points, les partenaires politiques pourraient trouver un accord, s'il y a dialogue entre eux. Nous, à l'UFP, par exemple, ne refusons pas la période intermédiaire de deux ans comme dernier délai, comme l'a présenté le Président du CMJD. Nous pourrons même accepter un délai plus long, car la question se rapporte à un problème qui demande du travail et du temps. Et l'étude de cette question peut exiger plus ou moins de deux ans. Nous ne faisons pas de dogmatisme à ce sujet. Tout ce qui nous importe c'est d'arriver rapidement à un consensus sur ce plan car cela est nécessaire pour briser l'isolement du pays et se libérer des contraintes internes et externes. En ce qui concerne l'appel à l'Onu pour nous aider à mener ces élections, nous ne devrions pas à mon avis, nous montrer pressés. Nous devions d'abord définir les étapes de notre processus démocratique, définir nos priorités durant cette période de transition. L'appui des pays amis, des organisations internationales telles que l'ONU, l'Union Africaine, et même l'Union Européenne et les Etats-Unis et des pays voisins sera nécessaire car les élections se suivront et demanderont des dépenses énormes auxquelles le pays ne pourra faire face en ce moment. Pour que nos requêtes soient crédibles nous devons définir un calendrier et parvenir à un consensus national qui convaincra les autres et qui démontrera que ces requêtes répondent aux vœux de l'opinion publique et de toutes les forces politiques du pays.
HORIZONS : Et quelle est la position de l'UFP vis-à-vis des questions de bonne gouvernance et la création d'un comité interministériel chargé de cette question ? Mohamed Ould Moloud : Ce comité a une mission très importante, essentielle. Il parviendra à des résultats durant cette période de transition, mais beaucoup de problèmes persisteront. Le pays a atteint sur le plan de la gestion, de l'organisation, de l'esprit qui les préside un niveau très bas, inimaginable et il appartient donc au comité de fixer ses priorités, et en particulier le respect du droit, l'attachement de l’Etat aux règles juridiques, le respect de la légalité, première responsabilité de l'appareil étatique. Le citoyen pourrait bien remarquer que les responsables étaient les premiers à fouler le droit au pied, à ne pas respecter les règles de gestion, et cela aux yeux de tous, sans encourir la moindre injonction. A partir de là, il est devenu commun de mépriser le citoyen, de faire fi de l'intérêt public. L'Etat se montrait absent. Il devient donc aujourd'hui urgent de le faire respecter par tous et d'obliger les responsables à le respecter. Je donnerais un exemple : il parait évident que les impôts et taxes sont du domaine de l'Etat et pourtant on voit des organismes privés lever de véritables taxes et se faire aider par les pouvoirs publics pour ce faire. Je crois que ces pratiques illégales, contraires aux traditions administratives et au respect de l'Etat doivent être arrêtées, comme doivent être arrêtées les manifestations visibles de la corruption. D'autre part, il est nécessaire pour assurer une bonne gouvernance, que l'administration s'éloigne de la vie politique mais non pas des hommes politiques. Elle doit se tenir à égale distance de tous les acteurs publics et être au service de tous. Je voudrais à ce propos souligner que l'administration devrait être ouverte à tous les fonctionnaires quelles que soient leurs opinions. C'est là la seule garantie de la neutralité de l'administration qui reste aujourd'hui ouverte seulement à un seul courant politique. Je suis d'ailleurs certain que cette situation ne se prolongera pas mais j'estime nécessaire d'avancer notre opinion à ce sujet. La neutralité de l'Etat devra se faire non seulement vis-à-vis des partenaires politiques mais aussi vis-à-vis des forces économiques. Nous avons vu, par le passé, l'Etat prendre parti totalement pour les puissances économiques et sociales. Cela n'est dans l'intérêt de personne car cela crée un déséquilibre très dangereux qui peut entraîner des excès regrettables pour tous. Pour que le pays puisse avancer à pas sûrs, il faut que l'Etat s'érige en juge, au dessus de tous, qu'il reconquiert sa respectabilité, ce qui renforcera la stabilité et créera le consensus sur les grands choix nationaux.
HORIZONS : Un comité pour la justice a, en ce sens, été crée. Qu'en pense l'UFP ? Mohamed Ould Moloud : Je n'aurais certainement pas tort si je disais que c'est le plus important des comités, car son travail est la véritable garantie de la réussite véritable de la période transitoire. Ce comité porte une lourde responsabilité car la Justice a été jetée aux oubliettes, détournée de ses fins si est tant qu'on peut affirmer qu'elle existait. Il est certain qu'il existe des juges honnêtes, qu'ils forment même la majorité mais la magistrature a connu une situation de confusion extraordinaire et les pouvoirs publics ont utilisé la justice de manière abusive, le droit a disparu et le citoyen ne voit en lui ni un refuge ni un arbitre pouvant démêler les conflits entre l'Etat et les individus ou entre les individus. Cette situation conduit souvent à la violence pour régler des différends qui auraient pu être résolus pacifiquement, dans des circonstances normales. C'est pourquoi nous estimons que ce comité a une mission guère facile mais nous avons confiance en lui, surtout que nous avons un ministre de la Justice qui fut un avocat respecté et qui possède une grande expérience pouvant l'aider à cerner les problèmes et à trouver les solutions idoines. Je voudrais souligner deux questions auxquelles ce comité devra trouver solution. La première concerne la nécessité d'exécuter les décisions judiciaires, et particulièrement celles se rapportant à l'Etat, car celui-ci a donné l'exemple en matière de non exécution des décisions des tribunaux. La seconde concerne la situation matérielle des juges et des procureurs qui doit être améliorée. La situation matérielle du juge peut le mettre en situation de faiblesse vis-à-vis des justiciables ce qui peut avoir des conséquences sur son indépendance. D'autre part, la situation vécue dans les prisons est grave. Nous sommes un pays jeune, notre société s'accroche encore, heureusement à des valeurs morales, le crime est donc un phénomène nouveau chez nous et nous ne saurions le considérer comme une fatalité. Il y a certes une idée libérale qui considère le crime comme quelque chose d'inéluctable, mais cette conception est fausse et ne s'appuie sur rien de scientifique. Nous devons faire face à de telles théories et faire propager une philosophie qui respecte la vie et les droits de chacun et qui refuse de courir derrière les mauvais exemples donnés par d'autres pays. Nous devons mettre en place un système de sécurité capable de protéger tout le monde et une politique judiciaire capable de déraciner le crime. En ce sens nous devons reformer l'appareil policier qui lui aussi a souffert du délaissement. Le citoyen ne se sentait par exemple guère en sécurité quand il pénétrait dans un commissariat ou quand il rencontrait un policier. |
|
|
|
Pour toute question ou remarque concernant l'Ufp ou ce site Web,
webmaster@ufpweb.org
|