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Le Secrétaire Général du PRDS devant la presse

Ahmed Ould Sidi Baba, Président du RDU


 

Ahmed Ould Sidi Baba, Président du RDU

Actuellement, les choses ne sont pas encore mûres  pour qu’une alternance intervienne et assure la sécurité et la paix dans le pays. ”

 

Premier Parti créé depuis l’événement de la démocratie, le Rassemblement pour la Démocratie et l’Unité (RDU), a fêté le 20 août dernier son douzième anniversaire. Son président fondateur Ahmed Ould Sidi Baba revient pour sur la participation  de son parti à la majorité présidentielle, sur la prochaine élection, sur l’alternance. Personnage à part sur l’échiquier politique local, Ahmed Ould Sidi Baba fut longtemps ministre puis ministre d’Etat jusqu’en 78. Ministre de la Culture et de l’information, c’est lui qui créa l’office de radiodiffusion de Mauritanie, l’imprimerie Nationale, l’institut Mauritanien de Recherche Scientifique et la Bibliothèque Nationale.

A la chute de Ould Daddah, il quitte la politique et se lance dans les affaires notamment où il réussit pas mal. En 1991, lorsque Ould Taya annonce l’ouverture démocratique, il créé avec une poignée de cadres le RDU et lance le concept de «majorité présidentielle ». Partisan de ce qu’il appelle le parachèvement du processus démocratique lors de la prochaine législative, il considère qu’une alternance dans les circonstances actuelles comporte plus de risques que d’avantages pour le pays.

    

 Le Calame :  Le RDU ne présente pas de candidat à l’élection présidentielle. Peut-on savoir pourquoi ?

 Ahmed Ould Sidi Baba: Parce que nous appartenons à une majorité qui s’appelle la majorité présidentielle et le chef de cette majorité a décidé de se présenter. Et nous avons dit, depuis toujours, que nous soutiendrons sa candidature, s’il se présentait. Ceci étant dit, pour le principe rien ne s’oppose à ce que nous ayons une candidature, mais nous pensons, par ailleurs qu’actuellement, les choses ne sont pas encore mûres pour qu’une alternance intervienne et assure la sécurité et la paix dans le pays. D’un autre côté, nous considérons qu’il y a de grands chantiers qui sont engagés. Je pourrais en citer tout à l’heure quelques uns. Il est dans l’intérêt du pays que ces chantiers soient menés à bonne fin et qu’en même temps, le processus démocratique soit conduit à sa fin. Nous pensons que cette prochaine législature devra être celle du parachèvement de ce processus. 

 

Le Calame : Le RDU fait partie de la majorité présidentielle. Quel a été son apport à cette démocratie ? A-t-il appliqué une partie son programme, notamment le point relatif au renforcement de la démocratie ?

Ahmed Ould Sidi Baba: On m’a souvent posé cette question. Avant d’y répondre précisément, je dirai que l’appartenance à une majorité ou à une opposition implique un apport mais cet apport ne peut être quantifié arithmétiquement. Ceci étant dit nous avons un programme et des vues différentes de celles des autres parties de la majorité. Nous avons essayé de faire passer le maximum de ce programme dans l’action du gouvernement et de l’Etat. En ce qui concerne le processus démocratique, tout le monde sait que depuis la création du RDU, nous militons pour l’approfondissement de la démocratie et pour son parachèvement. Nous pensons que ce parachèvement aurait pu se faire plus rapidement, mais il faut dire que si on n’est pas aux affaires, beaucoup de choses vous échappent. Des progrès considérables ont été accomplis dans le processus démocratique et notamment la création d’un Etat-civil fiable. Cela est une condition sine qua none pour que l’approfondissement de la démocratie se réalise et pour que les élections se passent dans la transparence et la quiétude, pour qu’il puisse y avoir ; un jour, une alternance pacifique et valable.

Il y a d’autres domaines dans lesquels il y a encore des progrès à faire et notre action future, lors de la prochaine législature consistera à parachever le processus démocratique c’est-à-dire, ce qui reste à faire pour que la culture et les valeurs démocratiques soient définitivement encrées dans les mœurs du pays.

 

Le Calame : Peut-on dire que le RDU cautionne tout le bilan de Ould Taya ? Sinon, sur quels aspects avez-vous des réserves ?

Ahmed Ould Sidi Baba: La question n’est pas de savoir si nous cautionnons tout le bilan. Nous avons approuvé le programme électoral du président. Nous le soutenons. Nous avons notre propre programme qui, sur certains points, diverge avec celui du président.

Nous essayons de faire passer le maximum de ce programme. Globalement, nous considérons que des avancées importantes ont été faites sur le plan de la démocratie sur le plan économique c’est évidant, personne ne peut le nier, sauf les gens de mauvaise foi. Mais, il reste encore beaucoup de choses à faire. Le problème c’est pas de dire si nous cautionnons tout le bilan, le problème n’est pas de savoir en quoi nous avons contribué pour améliorer ce bilan et il n’est pas dans notre mentalité de considérer qu’appartenir à une majorité veut dire que l’Etat et son chef ne peuvent prendre aucune décision sans en référer aux partis politique.

 L’apport des partis sur un plan politique se limite à l’approfondissement de la démocratie et aux grands choix stratégiques dans le domaine de la gestion politique de l’Etat et dans la contribution à la réforme de cet Etat. Je peux vous dire que nous avons beaucoup contribué à cette reforme dans les domaines de l’Education et de la réforme globale de l’Etat. Pour cette dernière, nous sommes en train de pousser pour qu’elle intervienne et ce sera notre programme pour la prochaine législature. Ce programme consistera, d’une part, à parachever l’approfondissement de la démocratie et ; d’autre part, à accélérer les travaux en cours pour la réforme globale de l’Etat ainsi que le processus au nivaux du Maghreb. Ce sont les trois gros objectifs qui sont les nôtres pour la prochaine législature.

 

Le Calame : Venons-en à la prochaine présidentielle. Que pensez vous de la candidature de Ould Haidalla ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Encore une fois, je considère qu’il n’y a pas lieu de demander à un parti politique ou à un individu de porter un jugement sur les autres. Ould Haidalla a été chef de l’Etat mauritanien. C’est un citoyen jouissant de tous ses droits et il a parfaitement le droit de se présenter. Ce que je peux dire, c’est que nous ferons tout ce qui est dans nos possibilités pour que le président Ould Taya soit élu. Nous le ferons en insistant sur la nécessité de la totale transparence et de la totale fiabilité de ces élections. Nous avons besoins pour notre candidat d’une élection irréprochable et avec le score le plus élevé possible.

 

Le Calame : Est-ce qu’une défaite de votre candidat est envisageable ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Pour nous, elle n’est pas, nous pensons que nous allons gagner ces élections et vous savez très bien qu’il est difficile pour un parti d’aller à une élection en disant qu’il est perdant. Mais tout indique que notre candidat pourra être élu dès le premier tour. Et nous ferons tout ce qui est en notre possible pour qu’il le soit.

 

Le Calame : Certaines informations font état de contacts que vous aurez eus avec Ould Haidalla. Qu’en est-il ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Je n’ai pas eu de contacts particuliers avec Ould Haidalla. Il m’a téléphoné personnellement et on a échangé quelques mots. Je lui ai dit que j’appartiens à une majorité présidentielle, que je suis fidèle à cette majorité et qu’il n’est pas dans le tempérament ni des dirigeants du RDU ni du partie lui-même de renier leurs engagements. Le président Ould Haidalla est un homme pour qui j’ai de l’estime et du respect, mais je soutiens notre candidat.

 

Le Calame : Cette semaine vous avez invité Haba Ould Mohamed Vall, l’un des principaux soutiens de Ould Haidalla. Sur quoi ont porté vos discussions ?

Ahmed Ould Sidi Baba : D’abord, je n’ai pas invité Haba. C’est un parent, compatriote de la même région que moi qui a demandé à venir me saluer. Je lui ai ouvert tout grande ma porte et je peux vous assurer que nous n’avons eu aucune discussion à propos de l’élection présidentielle. Ça a été une rencontre conviviale entre amis. Pas plus.

 

Le Calame : Croyez-vous que le cadre institutionnel permet une alternance pacifique ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Pour l’instant. Je ne le crois pas. Je crois que nous avons encore besoin d’au moins une législature pour parachever le processus démocratique et pour que l’alternance puisse alors être envisagée dans la paix et la sécurité. Lorsque vous m’avez posé la première question sur l’absence d’un candidat RDU, je vous l’ai dit, je pense que l’alternance à l’heure actuelle comporte plus de risques que d’avantages. Dans son principe l’alternance est souhaitable. Nous ne la refusons pas. Nous disons simplement que pour l’instant nous craignons que l’alternance ne soit porteuse de plus de dangers que de bienfaits.

 

Le Calame : Sur quels plans ?

Ahmed Ould Sidi Baba : Sur le plan de la sécurité. Vous voulez des détails ? Moi, j’envisage les choses de la façon suivante : le président Ould Taya, selon nous, a réalisé beaucoup de choses mais il y a beaucoup d’autres à réaliser. Personne n’est parfait. La chose la plus impotente à réaliser est le parachèvement du processus démocratique. Tant que ce parachèvement n’est pas opéré, toute alternance est porteuse de danger. Si demain, un autre candidat arrive au pouvoir, je crains que ce ne soit le début de tiraillement et de luttes entre les composantes des mouvements qui ont aidé à élire ce président. D’un autre côté, dans les programmes que j’ai déjà entendus, je considère qu’il y a des points qui comportent des risques. Par exemple, un premier ministre responsable uniquement devant le Parlement nous ramènera à la situation de la 3ème République Française, c’est-à-dire un gouvernement qui serait renversé toutes les semaines ou tous les mois. Ce qui entraîne une situation d’instabilité qui peut générer des troubles et des déchirements, des déchaînements de passions qui ne sont pas dans l’intérêt du pays. Il ne faut jamais oublier que la démocratie n’est pas une fin en soi. C’est le moins mauvais des systèmes  mais il faut qu’il soit pratiqué dans une situation qui ne mette le pays en danger. Notre pays est faible et ne peut supporter les secousses qui découleraient aujourd’hui d’une alternance. Comprenez-moi bien. Je ne dirai pas qu’il ne faille pas créer les conditions d’une alternance. Je dis simplement qu’elles ne sont pas tout fait réalisées.

 

Le Calame : Donc vous voulez que Ould Taya reste au pouvoir dans les circonstances actuelles, mais jusqu’à quand ?

Ahmed Ould Sidi Baba: J’ai déjà dit que pour nous au RDU, la prochaine législature devra être celle du parachèvement de la démocratie. Et dès que la démocratie est parachevée, ceux qui ont en vue de réaliser l’alternance, peuvent la réaliser parce que en ce moment là le risque serait minime ou n’existerait plus pour le pays.

 

Le Calame : Si nous comprenons bien Ould Taya devra donc faire le prochain mandat, préparer le terrain à son successeur et partir ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Je ne dis pas ça. Ould Taya est libre de faire ce qu’il veut. Ce n’est pas moi qui lui dicterais sa conduite. Je dis simplement que nous devons, nous la majorité présidentielle, créer les conditions dans lesquelles une alternance peut se faire après la prochaine législature, dans la paix civile et l’entente.

 

Le Calame : L’ancien militant de votre parti, Chbih Ould Cheikh Melainine, vient d’être libéré, après deux ans et demi de prison. Avez-vous déjà eu des contacts ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Non, je n’ai pas eu de contacts avec lui. Je me réjouis de sa libération comme de celle de ceux qu’on appelle les islamistes. On m’a souvent posé la question : qu’est ce que vous penser de tout ceci. Je dis mais qu’est ce que je peux en penser ? Je ne suis ni la justice, ni les services d’enquête et je considère que, à priori, il ne m’appartient pas de dire que l’Etat a tort de prendre les mesures qu’il juge utiles pour la sécurité du pays. La justice doit faire son travail et si quelqu’un n’est pas coupable, il doit être libéré. Dans le cas dont vous parlez, celui de Chbih Ould Cheikh Melainine, il a été jugé, condamné et aujourd’hui gracié. Je me réjouis de cette grâce et lui souhaite tout le bonheur possible.

 

Le Calame : Les leaders islamistes ont signé hier soir (mercredi 27 août) une déclaration de soutien à Ould Haidalla, après celle de l’UFP, pensez-vous que ce candidat peut constituer une menace pour votre candidat, s’il continue à ratisser ainsi ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Vous m’apprenez la nouvelle. Je ne savais pas que ce que vous appelez les islamistes ont signé une déclaration de soutien à Ould Haidalla. C’est leur droit. Je vous répéterais ce que j’ai dit au début, que la victoire est de notre côté.

 

Le Calame : Une dernière question. Comment voyez-vous l’avenir du pays ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Notre vision de l’avenir du pays, nous l’avons toujours décrite dès le premier jour de la création de notre parti. Nous considérons qu’il faut avoir l’humilité de comprendre que si des pays comme l’Allemagne, la France, l’Angleterre ont jugé bon d’entrer dans une union économique, à fortiori, la Mauritanie devrait le faire. L’avenir de ce pays est dans l’intégration économique maghrébine et dans des relations économiques privilégiées avec les voisins par le sud c’est-à-dire le Sénégal et le Mali et à travers eux des relations de confiance et de sécurité avec la zone Euro (zone CFA NDLR). En somme pour nous, la pérennité de ce pays n’est envisageable que dans le cadre d’une intégration économique avec d’autres pays. Je le répète, si cette intégration n’était pas nécessaire, les Européens ne l’auraient pas cherchée et je considère que dans nos pays maghrébins et sahéliens, la grande erreur, c’est de confiner dans le train-train quotidien de nos affaires intra-muros et d’oublier que l’évolution actuelle du monde impose le réalisation d’ensembles économiques.

Plus précisément, je considère que la Mauritanie  – je veux dire la civilisation et la culture plus qu’un Etat ou une Nation – pour l’instant ne sera viable et pérenne que dans une intégration économique.

Je ne dis pas l’intégration politique qui devrait être le résultat de l’économique, si cela est nécessaire. Je vous citerai quelques exemples très simples : je vois mal comment on pourrait continuer à former des cadres pour une économie qui ne peut pas les employer. Je ne crois pas qu’on puisse continuer à créer des facultés et des universités pour des besoins qui ne sont pas évidents. Même si demain nous avons le pétrole et là je partage ce point de vue avec tous les responsable de la majorité, nous aurons encore besoin de l’intégration économique, pour d’autres besoins.

 

Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh

Sources : Le Calame numéro 408 du 03 Septembre 2003

El Weva, Nouakchott, le 7 Septembre 2003


Le Secrétaire Général du PRDS devant la presse

 

«Tout d’abord, je vous souhaite la bienvenue. Aussi, je vous félicite, comme le je félicite le peuple mauritanien, au nom du Président de notre parti, à l’occasion de cet hivernage prometteur d’une bonne année agricole.

 Je vous avais promis, lors de ma dernière conférence de presse, que nous nous rencontrerons à chaque fois que besoin en sera. Aujourd’hui l’opportunité nous est offerte de nous entretenir avec vous. Vous savez qu’un événement très important s’est produit ces derniers jours. Il s’agit de l’annonce de la candidature du frère Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya.

 Cette candidature, comme vous avez eu à le lire dans le communiqué qu’on vous a distribué, est une réponse à l’appel et à la volonté du peuple mauritanien dans toutes ses composantes. C’est également en réponse à l’appel pressant des militantes et militants du PRDS. C’est aussi une occasion pour le Président de consolider les acquis dans tous les domaines. Il s’agira de renforcer la démocratie, de garantir les libertés individuelles et collectives, de consolider l’unité nationale et de mener à bien les plans de développement mis en œuvre.

 Depuis l’annonce de cette candidature, le 20 août dernier, des motions de soutien, émanant de toutes les instances du parti et de la société civile, se succèdent.

 Des partis politiques ainsi que des personnalités de tout bord se sont rangés derrière le PRDS pour apporter leur soutien au Président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Ce n’est un secret pour personne, le président de ce parti est l’homme de la situation actuelle. C’est le seul qui puisse assurer la stabilité et la sécurité. C’est le seul aussi qui puisse maintenir et consolider l’unité du pays et son développement.

 Donc nous saluons tous cette candidature et sommes convaincus que le peuple mauritanien, dans son ensemble qui l’a appelé de tous ses vœux, la soutiendra avec franchise et fermeté. Pour toutes ces raisons, les Mauritaniens le réclament à cor et à cri ; c’est le seul à pouvoir mener le bateau à bon port.

 Cette candidature intervient à la veille des élections du 7 novembre. Elle intervient à un moment où nous sommes déjà en pré campagne. C’est un grand honneur pour moi de me livrer à vous en essayant, dans la mesure du possible, de répondre à vos questions. »

 

Question : Une question d’actualité à propos des islamistes. On connaît la tolérance légendaire des Mauritaniens. Vu la délicatesse du dossier des islamistes, certains candidats de l’opposition commencent déjà à l’utiliser contre le pouvoir. Avec la dernière libération de Ch’Bih et de ses amis, peut-on espérer un éventuel élargissement ?

 Boullah Ould Mogueya : Pour ce qui est des islamistes, nous, nous abordons la question d’un point de vue purement politique, non d’un point de vue juridique. De ce dernier point de vue,  c’est à la justice de trancher.

 Du point de vue politique, nous nous attaquons à la propagande extrémiste. L’ISLAM est une religion de justice et d’unité. Les comportements et agissements extrémistes sont contraires à l’Islam et à nos mœurs. Donc notre position  sur ce problème est claire et nette. Il y a l’Islam et ceux qui  veillent à son application ont eu à clarifier leur position dans le manifeste qui a été signé par plus de 2000 de nos Imams et autres Ulémas. C’est cette position juste qui est conforme à notre Sainte religion et à nos coutumes.

 

Question : Pourquoi avez-vous attendu plus de 4 jours après l’annonce de la candidature de Ould Taya pour organiser une conférence de presse ?

Boullah Ould Mogueya : Le PRDS a un plan de travail précis. Nous programmons toute chose à son heure. Nous avons des réunions, des missions et bien d’autres activités auxquelles nous fixons des dates. Donc le calendrier que nous suivons scrupuleusement a voulu que cette conférence de presse ait lieu aujourd’hui.

 

Question : Pourquoi le président Maaouya ne s’est pas présenté sous la bannière du PRDS ?

Boullah Ould Mogueya : Je rappelle que le président a présenté sa candidature en sa qualité de président de tous les mauritaniens. Et ce n’est pas là une première. Si vous vous rappelez bien en 1992 et en 97, il s’était présenté exactement de la même manière, en suivant la même procédure. Rien donc ne l’empêche de se présenter de la sorte, il ne se présente pas seulement au nom du PRDS mais au nom de tous les mauritaniens.

 

Question : Que pensez-vous de ceux qui prônent une limitation du mandat présidentiel ?

Boullah Ould Mogueya : Il s’agit là d’un faux débat que certains ont voulu instaurer. En 1992 et en 1997 on n’avait jamais parlé d’une limitation des mandats du président. Pourquoi donc aujourd’hui certains veulent en faire une nécessité. Quels sont les tenants et aboutissants d’une telle proposition. Quand on voit quelqu’un comme Ahmed Ould Daddah, qui depuis 12 ans est sur la scène politique et qui fait partie de ceux qui préconisent cette limitation de mandats aujourd’hui, on s’étonne qu’il ait attendu tout ce temps pour faire une telle demande.

Mais pourquoi une limitation du mandat présidentiel ? Comment, pourquoi et avec qui ? Voilà des questions auxquelles il faudrait répondre.

Limiter le mandat présidentiel n’est pas chose aisée. C’est une question qui a été précisée dans la Constitution du 20 juillet. Seule le suffrage universel départage les candidats à la présidence. C’est là la seule voie. La Constitution est donc très claire là-dessus. Donc pourquoi aujourd’hui voudrait-on que le pouvoir exécutif soit soumis à une nouvelle loi. Et pourquoi tient-on à ce que les mandats du président soient limités et qu’on élise le président pour 10 ans non renouvelables ? C’est là un raisonnement qui ne tient pas et qui est loin d’être logique. Après 10 ans, le président qui vient juste de donner le meilleur de lui-même, on lui dit de démissionner. Ce n’est pas juste.

Donc tant que le président a la capacité de diriger le pays et tant que le peuple vote pour lui, on n’a pas le droit de limiter ses mandats et il doit rester au pouvoir tout le temps nécessaire. Le peuple mauritanien a choisi ses institutions et les lois sont là pour réglementer l’accès à ces institutions, que ça soit le parlement ou la magistrature suprême. Pourquoi n’a-t-on pas demandé une limitation de mandats des députés ? Je pense donc que cette proposition n’est sérieuse et ce n’est que pour des raisons purement électoralistes que ses auteurs le mettent en avant. C’est là une dérive dangereuse qu’il faudrait éviter coûte que coûte.

 

Question : Que répondez-vous aux critiques selon lesquelles le PRDS était totalement absent de la scène lors du putsch manqué du 8 juin ?

Boullah Ould Mogueya : Le PRDS ne s’est à aucun moment dérobé à son devoir. Le PRDS et ses militants s’étaient bien manifestés le 8 juin. Et à cet endroit d’où je vous parle il y avait un responsable du PRDS qui suivait heure par heure le déroulement des événements les 8 et 9 juin. Il était en contact avec tous les fédéraux du parti. Le 8 juin plusieurs manifestations de désapprobation ont eu lieu.

 

Question : Que pensez-vous de la libération de Ch’Bih ?

Boullah Ould Mogueya : Il n’échappe à personne que le Président de la République est très tolérant et très humain. C’est pourquoi un tel geste ne doit pas surprendre.

 

Question : Pourquoi vous attaquez-vous à Haidalla et ignorez Ahmed Ould Daddah ?

Boullah Ould Mogueya : On ne s’attaque à personne. On est en train d’analyser la situation et d’attirer l’attention des citoyens sur une expérience de 1980 à 1984 pour les éclairer –c’est là notre devoir en tant que parti- sur un passé récent. Ould Haidalla a un bilan. Ahmed a un petit bilan. Donc, il est bon de rappeler ces bilans et de les comparer avec le bilan du président en place.

En lisant la déclaration de candidature d’Ahmed Ould Daddah, la première chose qui vous frappe c’est qu’il ignore l’aspect économique et ça, ça nous réconforte. Donc cela veut dire qu’il n’y a pas une crise comme le prétendent certains. Ce qui fait que l’économique n’est pas une priorité pour lui. C’est plutôt le politique, l’aspect institutionnel.

Or le politique, comme vous le savez, il l’avait géré ces douze dernières années d’une façon très difficile. On gère difficilement les discours et on gère plus difficilement les hommes. Vous vous rappelez qu’en 1992, l’homme s’est présenté comme candidat libre et après il a navigué d’une liberté vers une appartenance à des tendances. L’évolution des choses lui commanda, par la suite, de se débarrasser de toutes ces tendances. Comment ? Par son intelligence peut-être. Ces tendances allaient à l’encontre de ses intérêts. C’est là une référence sur laquelle on peut se baser. Mais le parti n’a pas été bien géré, les hommes encore moins, et parmi ces hommes on trouve aujourd’hui beaucoup au PRDS.

La question qui se pose est la suivante : Comment un leader qui n’a pas pu gérer une poignée d’homme va-t-il gérer un pays peuplé de personnes intelligentes et averties. Un grand peuple, on ne le gère pas aussi facilement. Le discours extrémiste n’a jamais été source de pouvoir. Les intellectuels et les gens avertis, comme vous, le savent bien.

Donc, quelqu’un qui n’a pas su gérer un parti, l’espace de 12ans, ne peut pas gérer la Mauritanie.

 

Question : Est-ce que la libération de Ch’Bih est un marché que le pouvoir pense capitaliser à la veille des élections ?

Boullah Ould Mogueya : Avant de répondre à cette question posée par le représentant du journal Echtary, je tiens ici à rendre hommage à ce journal et au journal Chilouh Vchi. C’est des journaux satiriques comme on en trouve en France avec le Canard Enchaîné ou le Cafard Libéré au Sénégal. Ce sont des journaux instructifs et qui contribuent à faire avancer la démocratie. Nous encourageons vivement tous ces journaux.

Pour répondre à votre question, ni Ch’Bih et encore moins les islamistes ne font l’objet d’un marchandage quelconque. Le président de ce parti s’est toujours distingué par sa tolérance.

Nous sommes libres et indépendants et nous ne recevons des instructions de personne. Nous agissons librement, en notre âme et conscience. C’est dans ce cadre qu’il faudrait placer cette libération.

 

Question : Nous avons suivi avec intérêt la réimplantation du PRDS à la fin de l’année 2002. nous avons constaté que le PRDS s’est prévalu de 240.000 militants. En octobre 2001 le PRDS n’avait réalisé qu’un score d’une quarantaine ou d’une cinquantaine de mille tout au plus à Nouakchott, je voudrais avoir des explications de cette haute vertigineuses des militants au niveau de la capitale. Est-ce qu’elle augure d’une victoire du parti dans ce qu’il conviendrait d’appeler la future bataille de Nouakchott ?

Boullah Ould Mogueya : Pour ce qui est de l’implantation au niveau de Nouakchott, le chiffre exact c’est 108.000. Mais tous ces gens ne votent pas forcément ici, il y en a qui votent à l’intérieur. Il faudrait aussi tenir compte de cela.

 

Question : Comment expliquez-vous le départ de plusieurs personnalités influentes du PRDS, personnalités qui se sont ralliées au candidat Haidalla ?

Boullah Ould Mogueya : Le PRDS est un grand parti qui a une base très large. C’est le parti le plus important dans ce pays. Donc, il est tout à fait normal qu’au sein d’un tel parti, il y ait des gens qui ne soient pas satisfaits de la manière dont les choses sont gérées au sein du parti, ou qui ne soient pas d’accord sur certains principes qui le régissent. Donc, des gens peuvent toujours quitter le parti pour une raison ou une autre. Il y a donc des gens qui partent mais il y a aussi des gens qui viennent. Et pas plus tard qu’hier un groupe, dit groupe de Nouhoud, a convoqué la presse pour annoncer son ralliement au PRDS. Ce sont là des faits qui entrent dans l’ordre normal des choses.

 

Question : Qu’en est-il du soutien de la société civile à la candidature de Ould Taya et où en est le dialogue pouvoir-opposition ?

Boullah Ould Mogueya : Pour ce qui est de la société civile, plusieurs motions de soutien ont été adressées au président de la République et vous en aurez la liste sous peu. Pour le dialogue avec une frange de l’opposition, il s’articulait autour des questions d’intérêt commun. Ce dialogue s’était poursuivi jusqu’à un certain moment. Actuellement, nous entrons dans une période électorale mais nous privilégions toujours tout ce qui est de nature à faire avancer les choses. Nous restons ouverts à tout dialogue. C’est ce que préconise le président du parti qui trouve que le dialogue est une nécessité.

 

Question : Ne trouvez-vous pas que la politique suivie en matière d’information manque d’ouverture et de démocratie ?

Boullah Ould Mogueya : L’information, comme vous le savez, joue un rôle très important et contribue à informer le citoyen. Ce qui est grave c’est qu’on donne une information qui n’est pas juste. Qu’on dise que telle chose a été faite alors que ce n’est pas vrai.

Ce qu’on vous demande à vous, en tant que journalistes, c’est de rendre compte des événements tels qu’ils se sont déroulés en faisant la part des choses. Chez nous, comme on peut le constater, rares sont les journaux qui traitent de l’économie. La majorité des journaux traitent de politique et c’est le plus souvent de la politique politicienne. Pour un débat je trouve que c’est normal, mais à long terme une spécialisation des journaux s’impose (politique, économie, culture, sport, etc.)

 

Question : Comment comptez-vous faire pour financer la campagne présidentielle ?

Boullah Ould Mogueya : Sur ce plan, nous n’en sommes pas à notre première expérience. Nous avons déjà organisé 17 campagnes électorales et le mode de financement et connu de tous et a toujours été essentiellement fondé sur les contributions de nos militants. Ce sera la même chose aussi cette fois-ci.

 

Question : Lors des dernières pluies tombées dans une localité dans le département de Male, la foudre a durement touché des dizaines de villageois dont il y a eu pas mal de victimes et des blessés graves. On s’attendait à ce que le plan d’urgence soit activé dans cette localité et que des secours arrivent, mais il n’y a eu aucune réaction de la part des autorités. Que pensez-vous de cette situation ?

Boullah Ould Mogueya : Nous savons que les dernières pluies ont occasionné beaucoup de dégâts et le gouvernement a pris les mesures qui s’imposent. Pour ceux qui suivent l’actualité, ils savent qu’on est intervenu au Guidimakha, en Adrar, au Gorgol. Des secours ont été acheminés. Les femmes du PRDS ont organisé une opération de solidarité en faveur des populations du Brakna. Elles ont dépêché un véhicule pour venir en aide à ces populations sinistrées. L’un de mes collaborateurs, ici présent, a dépêché une mission sur place pour s’enquérir de la situation et apporter aide et secours aux victimes.

 

Question : Est-ce que vous pouvez vous en sortir de ces élections avec succès sans faire appel à la fraude comme font tous les partis-Etat dans les pays du Tiers-monde ?

Boullah Ould Mogueya : Toutes les mesures, pour une transparence totale des élections, ont été prises et donc il n’y a rien à craindre de ce côté-ci. Il y a la carte d’identité infalsifiable, les listes électorales sont diffusées sur Internet et il y a l’encre indélébile. Tous les facteurs militent pour une transparence assurée et les dernières législatives et municipales de 2001 l’ont prouvé à plus d’un titre. Tous les observateurs ont reconnu cette performance. Cette fois-ci, nous continuerons sur la même lancée. Donc une Commission mixte de supervision n’est plus nécessaire, la présence d’observateurs non plus. D’ailleurs, nous avons invité ces derniers, la fois précédente, mais ils s’étaient abstenus de venir, prétextant que nous avions atteint l’âge de maturité et que notre démocratie se portait bien.

Source : AL Joumhouriya n° 159 du 1er septembre 2003.

El Weva Nouakchott, le 5 Septembre 2003



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