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L'année 2004 vue par Hamidou Baba Kane, 1er vice-président du RFD et député à l'Assemblée Nationale (Calame n°468 du 29 décembre 2004) L'année de toutes les incertitudes L'année 2004 s'achève comme elle avait commencé, c'est-à-dire, avec de grandes incertitudes liées à cinq facteurs de crises. On se souvient d'abord, parce que nous le vivons encore, de la crise politique née à la fois des élections présidentielles controversées de novembre 2003 et du feuilleton judiciaire, au demeurant tragi-comique, autour du fameux document baptisé "GRAB l". Malgré des lueurs d'espoirs, politiquement parlant, l'année 2004 a été celle des occasions manquées. Le pire a été évité en 2003, par sagesse et par nécessité, mais l'état de grâce n'a pas été au rendez-vous en 2004. Trois faits positifs méritent cependant d'être relevés: II s'agit des efforts entrepris par le PNUD visant à renforcer le dialogue entre tous les acteurs, l'unité d'action des partis de l'opposition et le discours du Chef de l'Etat à Kiffa. Certes, les représentants du pouvoir sont venus participer aux séminaires organisés par le PNUD sur la pointe des pieds, après moult hésitations et renoncements, mais ces rencontres, regroupant pour la première fois pouvoir et opposition, ont montré qu'un dialogue était non seulement indispensable, mais possible. Malheureusement, au même moment, le débat a été pollué par une campagne du PRDS distillant des informations qui émaneraient de l'enquête policière relative à l'arrestation des présumés putschistes du 8 juin 2003, lesquels auraient été financés par Ahmed Ould Daddah, Mohamed Khouna Ould Haïdalla et Dr Horma. La suite des événements a démontré la violation du secret de l'instruction et les connivences entre le PRDS et la police politique. Par un curieux retournement des choses dont l'histoire de notre justice a le secret, ces personnalités politiques sont passées d'un statut de témoins entendus dans une affaire... à un état d'inculpés et aujourd'hui de détenus politiques. Au cours de cette année, il faut saluer les efforts de l'opposition visant à coordonner ses actions et ayant abouti à l'élaboration d'une plate-forme de dialogue avec le pouvoir. Le principe est accepté par tous. Seule, la question de l'opportunité du moment reste posée. Quant au discours de Kiffa, son originalité réside dans la rupture qu'il marque avec l'autosatisfaction béate à laquelle nous avons été, si longtemps, habitués! Bien que le Chef de l'Etat n'en tire pas les conséquences, il reconnaît cependant les dysfonctionnements de l'Etat, la mauvaise gestion des deniers publics et l'insécurité collective. Le discours de Kiffa laisse transparaître des aveux sur l'isolement d'un pouvoir suffisamment solitaire. Ces éléments expliquent, au moins en partie, le second facteur de crise, qui tient au prolongement de l'instabilité du pays, en raison des complots réels et/ou imaginaires dénoncés par le pouvoir. De ce point de vue, l’année qui s'achève ne se distingue guère de la précédente. Jugez-en vous-mêmes: au cours de ces quinze derniers mois, la justice a eu à connaître quatre affaires d'atteinte à la sûreté de l'État. Il n'est pas besoin de se prononcer sur le fond pour constater qu'il y a problèmes! En fait, le pouvoir en place ressemble "à celui qui, incapable de porter son fagot de bois, déjà suffisamment lourd, se mit à rajouter d'autres pièces de bois". L'amalgame fait aujourd'hui entre les présumés putschistes, les islamistes et l'opposition démocratique, traduit bien cette politique de fuite en avant. Incontestablement, notre armée est une source de préoccupation. La "grande muette" est devenue si étrangement bavarde! En vérité, le processus d'instrumentalisation de l'armée a écarté celle-ci de ses véritables missions, la conduisant à dévorer ses propres soldats. De ce point de vue, l'épisode judiciaire qui se dénoue aujourd'hui à Ouad Naga traduit une longue décomposition d'une armée qui n'aurait jamais dû cesser d'être nationale. Le troisième facteur de crise est d’ordre économique. Il s’explique par l’effondrement de la monnaie, l’inquiétude des mauritaniens quant à l'érosion de leur pouvoir d'achat, les interrogations des partenaires au développement de notre pays sur la volonté des pouvoirs publics à assurer une gestion transparente des ressources, y compris celles qui seront tirées du pétrole. En effet", l'année 2004 a amplifié la chute de l'ouguiya, observée en juillet 2003. N'eussent été les devises provenant de l'accord de pêche avec l'Union européenne, qui ont permis de soulager la Banque centrale face à la pression sur le marché des changes, nous aurions frôlé la banqueroute. Mais, là encore, l'iniquité dans l'accès aux devises, la spéculation des initiés et la (dé) configuration du paysage bancaire expliquent la tendance à la baisse continue de la valeur de l'ouguiya. Le changement de coupons de billets de banque n'y fera rien. L'impasse a un caractère structurel. Par conséquent, une politique monétaire reste à reconstruire! Comme corollaire à cette situation, les produits de luxe comme les denrées de première nécessité ont flambé. La situation des ménages, celle des pauvres en particulier, s'est considérablement dégradée. Le quatrième facteur de crise est d'ordre social. Les promesses attendues de la réduction de la dette et de la mise en œuvre du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, en cette année de fin de programmation, ressemblent à des mirages ou, à tout le moins, seront repoussées vers de nouveaux horizons. Comme chacun le sait, la rentrée scolaire a été difficile pour de nombreux chefs de familles. L'affaire du détournement des manuels scolaires et qu'il convient d'appeler le "scandale du livre", illustre cet autre facteur de crise, d'ordre moral. Sans vouloir spéculer sur l'analyse des causes et des effets, on peut observer que la crise morale résulte du malaise global de la société mauritanienne, des dysfonctionnements de l'État et finalement de la perte de confiance entre l'État et ceux -nombreux- qui sont à la recherche d'une citoyenneté... Puisse l'année 2005, nous apporter de nouvelles raisons d’espérer. |
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