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Où est la Mauritanie dans tout ça ?

 

Pauvre Mauritanie ! Jamais, elle n'aura été tant oubliée par ses fils. Depuis quelques jours en effet, les leaders politiques, ceux-là qui pourraient être amenés, par le choix des urnes, à la diriger, semblent se détourner d'elle. La course se fait ailleurs… sur le terrain des alliances entre partis politiques nationaux et les systèmes ou pays étrangers.

Cent quarante Mauritaniens viennent de se rendre à Toumbouctou sur invitation du guide libyen Muammar Kaddafi. Parmi ces hôtes, des leaders de partis, représentant l'ensemble des formations politiques du pays, exception faite du PRDR et de l'Alternative.
Que sont-ils partis chercher ailleurs ? Ce n'est certainement pas pour "renforcer les relations entre la Libye et la Mauritanie… ". Cela est du ressort de la délégation officielle qui devrait l'avoir bien fait.
Se sont-ils rendus à Toumbouctou parce que l'invitation au voyage provenait de Muammar Kaddafi, ce chef d'Etat mécène connu pour ses largesses financières en faveur de ses hôtes ? En tout cas, nombreux ont été les observateurs déçus, qui regardaient dépités les leaders politiques se bousculer pour prendre place dans l'avion convoyé par la Libye. Traînés à Bamako, ils vivront le martyr avant de souffrir dans un camp à Toumbouctou. Mal leur en prendra ! Non seulement ils n'assisteront pas aux cérémonies consacrant l'événement du jour, la célébration de Id El Mawloud Ennebewi, mais il ne rencontreront ni le guide libyen, ni le chef d'Etat Ely Ould Mohamed Vall. En plus, ils ne seront reçus par aucun officiel !
Manifestement, de nombreux leaders politiques ont décidé d'effectuer le déplacement de Toumbouctou, persuadés qu'ils étaient qu'au bout de l'effort, il peut bien y avoir quelques subsides. Le cas échéant, nouer de nouvelles relations avec leurs hôtes libyens

L'étranger
Les hommes politiques mauritaniens ont de tout temps été soupçonnés d'alliances avec des régimes extérieurs. Ch'Bih Ould Cheikh Melaïnine du Front populaire en a déjà fait les frais, lui qui a été jugé par Ould Taya pour avoir obtenu des financements de la Libye. Les mêmes accusations avaient aussi été adressées à Messaoud Ould Boulkheir (président de AC) que l'on disait très proche du chef de la Jamahirya. L'adhésion de l'homme politique d'El Hor à l'APP viendrait d'ailleurs, selon certains, confirmer les bonnes dispositions qu'il nourrissait vis-à-vis du Guide de la Révolution. A ce groupe, il faut ajouter le tout nouveau venu dans la scène politique, Saleh Ould Hannena, président de Hatem qui a affirmé avoir été aidé par Kaddafi.
Sur le second front, Mohamed Khouna Ould Haïdalla, ancien chef d'Etat et candidat malheureux aux dernières présidentielles, a maintes fois été accusé de tisser des relations particulières avec Alger. Beaucoup de choses ont circulé à son propos, notamment dans sa gestion de la guerre du Sahara. A l'époque, Ould Haïdalla n'aurait pas observé souvent la neutralité par rapport aux intérêts de l'Algérie et du Maroc dans la gestion de la crise. Dans une voie radicalement opposée à celle empruntée par Ould Haïdalla, Ahmed Ould Daddah, leader du RFD, s'apprête à se rendre au Maroc où il devrait faire d'importantes déclarations en faveur du Royaume chérifien. D'aucuns voient comme prémisses de cette prise de position, son rapprochement avec Ali Ben Abdallahi, ancien journaliste à Maroc Hebdo International.
Dans un tout autre registre, le PRDR en choisissant Abu Al Maali à la tête de son conseil national, semble privilégier des rapports avec les pays du Golf. Flanqué d'un SG qui a longtemps servi au Moyen Orient, ce nationaliste arabe qui a hérité d'un parti sur le plat, atteste par ses attitudes et le choix des hommes qui l'entourent, que le PRDR ouvre grandes les voies du dialogue avec les Emirats du "Khalije". Ce même élan de sympathie gagne d'autres partis, comme le PLEJ qui ne jurerait plus qu'au nom du président sénégalais Me Abdoulaye Wade. Considéré, à tort ou à raison comme la branche locale des FLAMS, le PLEJ se sentirait mieux au Sénégal que partout ailleurs.
Deux partis semblent avoir opté pour des relations avec la France : le RDU d'Ahmed Ould Sidi Baba et l'UFP dont les relations avec l'Internationale socialiste n'échappent à personne!
Ainsi, pour l'heure, personne ne semble s'intéresser à la Mauritanie. Et personne ne s'aventure à proposer une solution de sortie de crise. Le coup d'Etat contre Ould Taya a été juste une intermède, une parenthèse dans le système. Dans moins d'une année, les militaires rejoindront leurs casernes. Entre temps, les politiques n'auront certainement pas eu le temps de réfléchir sur les remèdes à apporter au pays. Ils ne se sont pas aménagé le temps suffisant, obnubilés par le soutien immédiat qu'ils pourront tirer de leurs alliés, l'esprit fixé sur le fauteuil que Ely Ould Mohamed Vall laissera vacant, dans moins d'une année.

Oumar El Moctar



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